Espace culturel Kulturforum Sud-Nord à Togbin Plage : Chris Iduma prend le relais de Simon Tokouété

Après son vernissage organisé le 18 juillet 2026, l’exposition Le monde sous nos pieds se poursuit jusqu’au 2 août à l’Espace culturel Kulturforum Sud-Nord, à Togbin Plage. Marquant la fin de la résidence du peintre béninois Simon Tokouété et le début de celle du photographe nigérian Chris Iduma, cet événement met en lumière deux démarches artistiques qui interrogent, chacune à leur manière, les liens entre l’homme, la nature, la mémoire et l’identité.

 

Le Kulturforum Sud-Nord poursuit son engagement en faveur de la création contemporaine avec Le Relais, un programme de résidence artistique qui en est à sa quatrième édition. Le vernissage de l’exposition Le monde sous nos pieds a consacré un moment de transition entre deux artistes : Simon Tokouété, qui achève plusieurs mois de résidence, et Chris Iduma, qui entame un nouveau séjour de recherche au Bénin. À l’ouverture de la cérémonie, le co-curateur du projet, Stephan Kohler, a rappelé que cette résidence a été pensée pour offrir aux jeunes artistes un environnement propice à la création. Selon lui, beaucoup de créateurs ne disposent pas toujours des conditions nécessaires pour développer leur pratique. Le programme met ainsi à leur disposition une bourse, un atelier de travail, un cadre paisible ainsi qu’une bibliothèque riche de près de 1 500 ouvrages consacrés à l’art, à la photographie et aux théories postcoloniales. Pour Stephan Kohler, cette initiative vise avant tout à permettre aux artistes de prendre du recul, de mener leurs recherches et d’approfondir leur réflexion dans les meilleures conditions.

Deux univers artistiques, un même regard sur le monde

À travers sa série de peintures Le monde sous nos pieds, Simon Tokouété entraîne le visiteur dans un univers inspiré des galeries souterraines, des colonies de fourmis et des micro-organismes. Formé aux métiers d’art après des études en sciences de l’information et de la communication, le jeune peintre béninois développe une œuvre qui fait dialoguer biodiversité, mémoire des paysages et résilience du vivant. Ses compositions, réalisées à l’acrylique et au marqueur Posca, transforment les réseaux invisibles de la nature en véritables cartographies poétiques, invitant le public à réfléchir à l’interdépendance entre tous les êtres vivants. Prenant la parole, Simon Tokouété est revenu sur son parcours artistique. Il a expliqué que ses premières recherches étaient centrées sur les paysages avant que son intérêt ne se porte sur les insectes, en particulier les fourmis, dont l’organisation et le rôle dans l’équilibre des écosystèmes nourrissent aujourd’hui son inspiration. Il a également confié que cette résidence lui avait permis de gagner en maturité, d’améliorer sa gestion du stress et de développer une méthode de travail plus rigoureuse grâce aux conditions de sérénité offertes par le Kulturforum Sud-Nord.
L’artiste n’a pas manqué d’évoquer les difficultés auxquelles sont confrontés les jeunes créateurs béninois. Il a insisté sur la nécessité d’un accompagnement matériel et financier plus important, tout en plaidant pour le développement d’une véritable culture du collectionnisme afin de favoriser la vente des œuvres et d’offrir aux artistes les moyens de poursuivre leurs recherches.
Face à lui, le photographe nigérian Chris Iduma propose une démarche différente, mais tout aussi engagée. Avec sa série Plantation Boys Series, réalisée en noir et blanc, il explore les questions d’identité, de mémoire et de pouvoir. Pour sa première résidence de longue durée au Bénin, l’artiste a choisi de privilégier la rencontre avec les populations plutôt que la simple observation des paysages. À travers des portraits, des autoportraits et des objets symboliques, il cherche à comprendre comment les individus construisent et expriment leur identité.
Selon Chris Iduma, ces objets du quotidien révèlent souvent les histoires personnelles et les héritages culturels de ceux qui les portent. Son travail interroge également les représentations de la masculinité et les transformations permanentes de l’identité africaine dans un contexte postcolonial, laissant au spectateur la liberté de construire sa propre interprétation des images.

Une célébration de la création contemporaine

Au-delà des œuvres de Simon Tokouété et de Chris Iduma, le vernissage a également permis au public de découvrir une installation de Georges Adéagbo, figure majeure de l’art contemporain béninois et co-curateur du projet. Cette création, présentée dans l’espace d’exposition, a particulièrement retenu l’attention des visiteurs par son originalité et sa force expressive, enrichissant davantage le dialogue artistique proposé par l’événement.


Ouverte jusqu’au 2 août 2026, l’exposition accueille les visiteurs les vendredis et samedis, de 16 heures à 18 heures, ainsi que sur rendez-vous. Plus qu’une simple présentation d’œuvres, Le monde sous nos pieds constitue une invitation à explorer des regards croisés sur la nature, la mémoire et les identités contemporaines, tout en illustrant le rôle de l’Espace culturel Kulturforum Sud-Nord comme lieu de création, de transmission et de dialogue entre artistes africains.

Victorin FASSINOU

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