La Faculté des Sciences de la Santé (FSS) de Cotonou accueille, depuis jeudi 16 juillet 2026, un atelier scientifique consacré à la médecine endogène béninoise. Organisée par la FSS et la Faculté des Sciences et Techniques (FAST), avec l’appui de l’Autorité de Régulation de la Santé (ARS), cette rencontre de deux jours vise à favoriser un rapprochement entre les acteurs de la médecine traditionnelle et ceux de la médecine moderne autour du thème : « La médecine traditionnelle au service de la santé : séance d’information pour les acteurs de la médecine moderne ».
Longtemps restée en marge des échanges scientifiques institutionnels, la médecine traditionnelle béninoise s’invite désormais au cœur des débats dans les amphithéâtres universitaires. À travers cet atelier, les responsables du secteur de la santé ambitionnent de créer un cadre d’écoute, d’échanges et de collaboration entre deux univers qui, dans la pratique, coexistent déjà dans le parcours de soins des populations. Pendant quarante-huit heures, tradipraticiens, médecins, pharmaciens, biologistes, étudiants, paramédicaux et professionnels des médias échangent sur les réalités, les pratiques et les perspectives de la médecine endogène au Bénin. Pour la Professeure Callimice Capo-Chichi, biologiste moléculaire spécialisée en biochimie et nutrition, co-organisatrice de cette rencontre, l’objectif est de permettre une meilleure compréhension entre les différents acteurs. « Il est important de montrer la place de la médecine traditionnelle dans notre métier et de présenter les deux approches afin qu’elles puissent mieux se comprendre », a-t-elle expliqué.
Vers une complémentarité des savoirs
Le Doyen de la FSS, Professeur Josué Avakoudjo, a insisté sur la nécessité de sortir d’une opposition entre médecine moderne et médecine traditionnelle. Selon lui, la réalité des pratiques de soins au Bénin montre que les populations ont souvent recours aux deux approches. « Le patient béninois ne choisit pas entre deux mondes, il les traverse. Il consulte le médecin le matin et le guérisseur le soir, ou l’inverse », a-t-il déclaré, estimant qu’il est temps de remplacer le silence par un dialogue organisé et scientifique. Le responsable académique rappelle également que la médecine traditionnelle fait désormais partie des réflexions nationales sur l’avenir du système de santé. Pour lui, il ne s’agit pas d’une reconnaissance sans exigence, mais plutôt d’une démarche visant à documenter, étudier et, lorsque cela est possible, valider certaines pratiques issues des savoirs ancestraux. Même son de cloche du côté du président de l’Autorité de Régulation de la Santé (ARS), Dr Lucien Dossou-GBété. Pour lui, cette initiative marque une étape importante dans la construction d’une nouvelle relation entre les deux médecines. « Cet atelier va permettre aux deux mondes, celui de la médecine traditionnelle et celui de la médecine moderne, de se parler. Et pour se parler, il faut que chacun se montre sous son vrai visage », a-t-il souligné. Le président de l’ARS appelle ainsi à une collaboration basée sur la reconnaissance mutuelle, tout en admettant que chaque approche possède ses forces et ses limites. Les échanges prévus au cours de l’atelier permettront aux différents intervenants de présenter leurs expériences, d’expliquer leurs méthodes et d’explorer les possibilités de collaboration dans les domaines de la recherche, de la formation et de la prise en charge des patients.
Les participants saluent une initiative porteuse d’espoir
Au terme de cette première journée d’échanges, plusieurs participants ont exprimé leur satisfaction quant à l’ouverture de cet espace de dialogue entre les deux formes de médecine. Pour Dr Aristide Talon, acteur de la médecine traditionnelle, l’enjeu principal est de parvenir à une meilleure valorisation des connaissances locales à travers une démarche scientifique. « Aujourd’hui, ce sont deux pratiques qui se croisent. Mon souci particulier est que nous puissions mettre ensemble nos savoir-faire, confronter nos connaissances et voir ce que nous pouvons en extraire pour améliorer la prise en charge des maladies », a-t-il indiqué. Il estime que la recherche doit jouer un rôle central dans cette collaboration, notamment pour mieux comprendre les propriétés des plantes utilisées dans les traitements traditionnels et identifier leurs applications possibles.De son côté, la Professeure Capo-Chichi souligne que les scientifiques ont un rôle de passerelle entre les deux univers. « Les molécules issues des plantes participent à la régulation de certaines maladies. Il est donc important que les étudiants et les professionnels de santé comprennent qu’au-delà de la formation classique, il existe aussi un patrimoine thérapeutique qui mérite d’être étudié », a-t-elle expliqué.Pour plusieurs participants, cette rencontre constitue une avancée majeure vers une médecine intégrative, fondée sur la complémentarité des connaissances et la recherche de solutions adaptées aux réalités sanitaires du Bénin.
VIctorin FASSINOU

