Sans installations sportives disponibles à domicile : Le Sénégal, le paradoxe d’un géant qui quémande un stade à l’extérieur
Mondialiste, le Sénégal s’apprête à disputer son match à domicile… à Maputo. Faute de stade aux normes, la FSF a demandé au Mozambique d’inverser la rencontre du 25 septembre pour les éliminatoires de la CAN 2027. Abdoulaye Wade réquisitionné pour les JO de la Jeunesse, Léopold Sédar Senghor à la pelouse impraticable : le constat est accablant et le timing, amateur.
Comment en est-on arrivé là ?
Le Sénégal l’un des pays africains qui côtoie le haut sommet. Des joueurs valorisés à plus de 400 millions d’euros, un sélectionneur payé au prix fort, des primes de qualification qui font rêver tout le continent. Mais il lui manque l’essentiel : une pelouse où jouer.
La Fédération sénégalaise de football l’a officialisé le 9 septembre : le Sénégal – Mozambique, prévu pour lancer les éliminatoires de la CAN 2027, ne se jouera pas à Dakar mais à Maputo. Avec l’accord de la CAF, la FSF a demandé l’inversion des journées 1 et 5. On ira donc chercher la qualification à l’extérieur, avant de recevoir… si un stade est enfin prêt.
L’explication officielle tient en deux stades, zéro solution.
Le Stade Abdoulaye Wade de Diamniadio, joyau inauguré en 2022 pour 2 milliards FCFA de centrale solaire et une fierté nationale, est indisponible. Non pas pour cause de travaux, mais parce qu’il a été mis à disposition du COJOJ pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026, prévue le 31 octobre. Il était pourtant censé être le hub sportif du pays pour éviter justement ce genre de délocalisation.
Reste le plan B historique : le mythique Léopold Sédar Senghor. Fermé depuis 2015, rénové pendant trois ans avec la coopération chinoise pour près de 20 milliards FCFA, réceptionné en grande pompe. Son sort ? Sa pelouse est, selon la FSF elle-même, « pas encore dans un état optimal ». Une litote. Sur les réseaux sociaux, les images du dernier tournoi UFOA U17 disputé à Diamniadio montrent un champ jauni et déshydraté.
Et c’est là que le scandale devient gestionnaire. La SOGIP, société qui gère Abdoulaye Wade, se défend : la pelouse a subi une maintenance lourde le 5 septembre, alors qu’aucun match n’était programmé. Elle n’a été prévenue que le 6 septembre qu’il fallait y jouer le tournoi U17. De son côté, le ministère de la Jeunesse et des Sports dément toute indisponibilité de Senghor, assure que la pelouse fait l’objet d’un « programme renforcé depuis le 24 août » et confirme deux matchs de clubs sénégalais les 12 et 13 septembre. Qui croire ?
Le fond du problème est connu à Dakar : la FSF doit, selon plusieurs sources, plus de 100 millions FCFA d’impayés à la SOGIP pour l’entretien du stade. Quand on ne paie pas le jardinier, on ne s’étonne pas que le gazon meurt.
Mais le plus désastreux reste le timing. Comment la Direction Technique Nationale se rend-elle compte à quinze jours d’un match éliminatoire officiel que ses deux seuls stades homologués ne sont pas jouables ? Où est l’anticipation ? La préparation des JOJ 2026 est connue depuis 2022. L’état de Senghor est scruté depuis des mois. On a attendu la dernière semaine pour écrire au Mozambique comme on demanderait une faveur à un voisin.
C’est toute l’ambivalence du modèle sénégalais. On a investi dans le haut : les Lions, le staff, l’image. On a négligé le bas : le gazon, la maintenance, la planification. On veut accueillir le monde pour les premiers JO en Afrique, mais on est incapable d’accueillir le Mozambique pour la première journée des qualifications. Le monde entier retiendra qu’un grand d’Afrique quémande un stade à l’extérieur pour jouer à domicile, ce n’est plus un paradoxe. C’est un aveu d’échec.

