Plaidoyer numérique et sécurité : Le RFLD mobilise les défenseuses des droits humains autour d’Advocacy Nexus (Rémy Ngoy Lumbu appelle à une protection renforcée des défenseuses des droits humains)

L’hôtel Les Oliviers de Porto-Novo a accueilli, du 13 au 15 juillet 2026, la convergence panafricaine francophone Advocacy Nexus, une initiative du Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD). Placée sous le signe du plaidoyer numérique, de la sécurité et de la solidarité transfrontalière, cette rencontre a réuni une trentaine de défenseuses des droits humains de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, avec comme invité d’honneur l’Hon. Rémy Ngoy Lumbu, Rapporteur spécial de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), qui a procédé à l’ouverture officielle des travaux.

Pendant trois jours, les défenseuses des droits humains francophones se sont retrouvées au Bénin dans le cadre d’Advocacy Nexus, une convergence panafricaine organisée par le Réseau des Femmes Leaders pour le Développement (RFLD) dans le cadre de son projet AIHRDFWA – Afrofeminist Initiative for Human Rights Development in Francophone West Africa, financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) avec l’appui de la GIZ. Conçu comme un véritable sanctuaire stratégique d’apprentissage, l’atelier a réuni 30 participantes issues de huit pays d’Afrique de l’Ouest francophone, parmi lesquelles des représentantes d’organisations de défense des droits humains et des activistes indépendantes. L’objectif était de renforcer leurs capacités en matière de plaidoyer numérique, de sécurité numérique et physique, tout en consolidant des mécanismes de solidarité régionale. À travers cette première édition d’Advocacy Nexus, le RFLD ambitionne de bâtir une communauté durable de défenseuses capables d’utiliser efficacement les outils numériques, de mieux faire face aux menaces et de porter un plaidoyer coordonné en faveur des droits des femmes à l’échelle du continent africain. La cérémonie d’ouverture a été présidée par l’Hon. Rémy Ngoy Lumbu, Rapporteur spécial de la CADHP sur les défenseurs des droits humains, invité d’honneur de cette première édition. Dans son allocution inaugurale, il a rappelé le rôle central de la Commission africaine dans la protection des défenseurs des droits humains et insisté sur les obligations des États de garantir un environnement sûr pour celles et ceux qui s’engagent en faveur des libertés fondamentales. Il a également présenté les mécanismes de protection mis en place par la CADHP et encouragé les participantes à s’approprier les instruments juridiques africains et internationaux afin de renforcer leurs actions de plaidoyer.

Des outils concrets pour un plaidoyer numérique plus efficace

Les travaux se sont ensuite articulés autour d’un premier axe consacré au plaidoyer numérique. Les participantes ont été formées à la cartographie des décideurs, à la documentation des violations des droits humains, aux stratégies de communication digitale ainsi qu’à la conception de contre-récits capables de répondre aux discours hostiles aux droits des femmes. Les échanges ont également permis d’approfondir les principaux instruments juridiques de protection, notamment le Protocole de Maputo, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF) et la Déclaration des Nations unies sur les défenseurs des droits humains. Les formatrices ont montré comment transformer ces textes en véritables leviers de plaidoyer auprès des autorités nationales et des institutions régionales. Une large place a été accordée à la sécurité des défenseuses. Des ateliers pratiques ont permis aux participantes de configurer des outils de communication sécurisés tels que Signal, Proton Mail et des réseaux privés virtuels (VPN), tout en renforçant leurs connaissances sur la protection des données, le chiffrement des communications, la double authentification et les bonnes pratiques en matière d’hygiène numérique. Les participantes ont également été préparées à faire face aux coupures d’Internet, au cyberharcèlement, au phishing, au doxxing et aux autres formes de surveillance numérique. Les réflexions se sont ensuite élargies à la sécurité physique, avec l’élaboration de plans de protection individuels et organisationnels adaptés aux réalités du terrain. Au-delà des aspects techniques, l’atelier a accordé une attention particulière au bien-être des défenseuses à travers des espaces de parole, de guérison et de soutien psychologique destinés à favoriser leur résilience face aux pressions liées à leur engagement. La dernière journée a été consacrée à la consolidation des réseaux de solidarité entre organisations féministes francophones. Les participantes ont élaboré une feuille de route régionale prévoyant un accompagnement sur douze mois, des échanges réguliers via la plateforme RFLD-Connect, des appels trimestriels ainsi que des mécanismes de soutien d’urgence. Les travaux ont pris fin par une cérémonie de clôture marquée par l’adoption d’un manifeste collectif, la remise des attestations de participation et d’un kit numérique sécurisé.
Victorin FASSINOU

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