Entretien avec Sica Christelle Yaovi au sujet du projet Regards Croisés Québec/Bénin #MinoNexus 2026 : « L’objectif n’est pas simplement de se rencontrer, mais de continuer à créer ensemble. »

La résidence « Regards Croisés Québec/Bénin #MinoNexus 2026 » réunira, du 22 octobre au 11 novembre 2026, des artistes béninois et québécois au Monde de Sica, à Cotonou. À travers cette initiative, Sica Christelle Yaovi entend promouvoir une coopération culturelle fondée sur la réciprocité, la mémoire partagée et la création collective. Elle défend une conviction forte. Le dialogue entre le Nord et le Sud peut se construire à partir des savoirs, des ressources et des imaginaires du Sud.

Regards Croisés Québec/Bénin #MinoNexus 2026 entend renforcer le dialogue culturel entre le Bénin et le Québec. Quelle est la vision qui porte ce projet et pourquoi avoir choisi Le Monde de Sica pour accueillir cette résidence ?

Regards Croisés Québec/Bénin #MinoNexus 2026 est avant tout une traversée humaine, avant d’être une traversée artistique. Notre ambition est de créer un espace de dialogue décolonisé entre le Bénin et le Québec. Il ne s’agit pas de former l’autre, mais de construire une véritable cocréation, dans laquelle deux mémoires et deux territoires, liés notamment par l’histoire de l’eau et des déplacements, se rencontrent sur un pied d’égalité. Accueillir cette résidence au Monde de Sica, lieu de transmission, de dialogue et de mémoire vivante, s’est imposé comme une évidence. Le Bénin n’est pas seulement une terre d’ancrage : c’est aussi une terre de proposition. Nous voulons affirmer que le dialogue Nord-Sud peut s’inventer depuis le Sud, à partir de nos matériaux, de nos récits et de notre spiritualité.

La résidence réunit des artistes béninois et québécois autour du thème « Traversées, identités & éco-matériaux ». Quelles formes de dialogue et de création souhaitez-vous voir naître de cette rencontre ?

Ce thème est volontairement fort. Le mot « Traversées » renvoie à nos histoires communes, à la traite et aux migrations, mais aussi aux déplacements intérieurs et aux questionnements identitaires. Quant aux éco-matériaux, ils représentent pour nous une réponse tournée vers l’avenir. Je souhaite que cette rencontre donne lieu à un véritable métissage des pratiques : qu’un artiste québécois découvre les possibilités de la terre crue, du raphia ou de l’indigo, tandis qu’un artiste béninois explore des pratiques durables développées au Québec. L’enjeu est de faire émerger des œuvres qui racontent ce que nous sommes lorsque nous cessons de nous définir à travers les frontières. Au-delà des créations produites pendant la résidence, j’espère surtout voir naître des œuvres cosignées et des collaborations capables de se poursuivre dans le temps, de circuler entre Cotonou et Montréal et de nourrir de nouveaux projets artistiques.

Le projet comporte également un volet social, avec une fresque participative réalisée avec des enfants en situation de grande précarité à Porto-Novo. Que représente cette initiative dans votre conception du rôle de l’art au sein de la société ?

Au Monde de Sica, l’inclusion est vitale. La fresque participative avec les enfants de Porto-Novo est un acte de restitution, de dignité, de transmission et d’espoir. Nous voulons montrer à ces enfants que l’art peut être un espace d’expression, de dialogue, de reconstruction et d’avenir. En leur donnant un mur à investir et de la peinture pour créer, nous leur adressons un message essentiel : leur trace compte, leur regard compte et ils sont pleinement acteurs de la création. J’espère que cette expérience fera naître chez eux de la fierté, un sentiment d’appartenance et, pourquoi pas, des vocations artistiques. Mais cette démarche s’adresse aussi au public. Elle invite à regarder ces enfants autrement, non pas uniquement à travers leur précarité, mais comme des créateurs à part entière, porteurs de sens, de talents et d’avenir.

Après la résidence et l’exposition au Bénin, Regards Croisés Québec/Bénin #MinoNexus 2026 doit se poursuivre à Montréal en 2027. Quel héritage souhaitez-vous construire à travers cette initiative ?

Pour moi, Regards Croisés Québec/Bénin #MinoNexus 2026 n’est pas un événement ponctuel. C’est une boucle, et ce n’est que le début d’un pont entre nos deux territoires. L’héritage que nous souhaitons construire repose d’abord sur la création d’un réseau vivant entre les artistes, afin que les rencontres débouchent sur des collaborations durables. Nous voulons également contribuer à faire évoluer le regard du public sur les matériaux locaux et les pratiques artistiques contemporaines africaines, en montrant qu’il est possible de créer des œuvres fortes, contemporaines et profondément ancrées dans nos identités à partir de nos propres ressources. Enfin, nous souhaitons que cette initiative contribue à faire des relations culturelles entre le Bénin et le Québec un modèle de coopération durable, fondé sur la réciprocité, la circulation des savoirs et le respect mutuel. L’objectif n’est pas simplement de se rencontrer, mais de continuer à créer ensemble, de part et d’autre de l’Atlantique.
Réalisé par Victorin Fassinou

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