Nourrir demain : Dr Ir Makosso Allavo identifie les priorités de la modernisation agricole au Bénin

« Innover aujourd’hui pour nourrir demain » : le thème de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée ce vendredi 16 octobre 2026, remet au premier plan les défis des systèmes alimentaires. En marge de cette célébration, Dr Ir Makosso Allavo, expert en chaînes de valeur agroalimentaires et en management de la qualité, identifie les priorités du Bénin pour moderniser son agriculture, développer les industries agroalimentaires et rendre les aliments sains, nutritifs et accessibles au plus grand nombre.

Quelle lecture faites-vous de ce thème au regard des ambitions du Bénin en matière de modernisation agricole et de sécurité alimentaire ?

Le thème est pertinent : la sécurité alimentaire se construit dès aujourd’hui par nos choix de production, de recherche, de transformation, de conservation et de gestion des ressources naturelles. Innover ne signifie pas seulement acquérir des machines ou utiliser le numérique, mais trouver des solutions adaptées, accessibles aux producteurs, rentables pour les entreprises et utiles aux consommateurs. Avec ses terres, ses productions diversifiées, ses savoir-faire, sa jeunesse et ses entrepreneurs, le Bénin doit passer d’une agriculture centrée sur la production à un système intégré capable de produire, conserver, transformer et distribuer des aliments de qualité. Cela exige des technologies adaptées, de la recherche appliquée et une transformation locale accrue. Il faut produire davantage, mais aussi mieux conserver, transformer et nourrir. C’est un levier de souveraineté alimentaire.

Quels changements la modernisation agricole et la valorisation des productions locales peuvent-elles apporter au Bénin ?

La modernisation peut améliorer les rendements, l’irrigation, l’accès aux intrants de qualité et l’anticipation des risques climatiques. Mais produire davantage ne suffit pas sans débouchés. Des ananas peuvent être perdus en période d’abondance, alors qu’ils peuvent devenir fruits séchés, jus, purées ou vinaigres. La même démarche concerne le manioc, la tomate, la mangue et le maïs. La transformation prolonge la conservation, diversifie l’offre, crée des emplois, notamment pour les jeunes et les femmes, et améliore les revenus agricoles. L’autosuffisance suppose aussi des aliments disponibles toute l’année, accessibles, nutritifs et sûrs. La modernisation doit donc relier production, débouchés et besoins des populations.

Quelles solutions technologiques le Bénin devrait-il privilégier pour réduire les pertes après récolte et améliorer la conservation ?

Réduire les pertes après récolte doit être aussi prioritaire qu’accroître la production. Les solutions doivent correspondre aux produits, au climat et aux moyens disponibles : stockage adapté, ventilation, chambres froides et chaînes du froid. Le solaire peut réduire les coûts lorsque cela convient. Le séchage amélioré, les séchoirs hybrides, la déshydratation contrôlée, la pasteurisation, la fermentation maîtrisée et les emballages protecteurs prolongent la durée de vie des aliments tout en préservant leur qualité. Les acteurs doivent être formés à l’utilisation et à l’entretien des équipements. Des plateformes partagées dans les bassins de production aideraient les petites entreprises et les coopératives à y accéder. Des études de faisabilité et de rentabilité, ainsi qu’un accompagnement après installation, restent indispensables.

Comment les initiatives publiques peuvent-elles favoriser l’émergence d’industries agroalimentaires locales performantes et compétitives ?

Les pouvoirs publics doivent favoriser l’investissement et soutenir des entreprises capables de produire régulièrement, de maîtriser leurs coûts, de garantir la qualité et de satisfaire leurs marchés. Cinq leviers comptent : des financements adaptés aux équipements, à l’énergie, aux emballages et au fonds de roulement, en tenant compte de la saisonnalité ; des infrastructures partagées, comme les laboratoires, ateliers pilotes, centres de transformation et entrepôts ; un accompagnement technique ; un meilleur accès aux débouchés, par les achats institutionnels respectant les règles sanitaires, les foires et les marchés régionaux et internationaux ; enfin, la qualité. Normes, certifications, analyses et traçabilité sont indispensables à la compétitivité et à l’exportation. Marques et labels peuvent valoriser l’origine et les savoir-faire locaux. Il faut professionnaliser la transformation sans opposer artisanat et industrie.

Quelles mesures permettraient de mieux protéger les consommateurs et de renforcer la confiance dans les produits agroalimentaires locaux ?

La sécurité sanitaire est essentielle : un aliment disponible et abordable ne contribue pas au bien-être s’il présente des risques. Il faut agir sur toute la chaîne : qualité de l’eau, nettoyage des équipements, prévention des contaminations, gestion des déchets, hygiène du personnel et stockage. Les Bonnes Pratiques d’Hygiène et la démarche HACCP doivent être adaptées aux risques et à la taille des entreprises. Les contrôles, analyses de laboratoire et dispositifs de traçabilité doivent être renforcés. L’étiquetage doit renseigner sur les ingrédients, allergènes, dates et conditions de conservation ; les allégations nutritionnelles, sanitaires et environnementales doivent être encadrées. La qualité ne doit pas être réservée aux entreprises exportatrices : il faut accompagner les petites unités, renforcer les agents de contrôle, faciliter l’accès aux laboratoires et sensibiliser les consommateurs. La sécurité sanitaire doit aller de pair avec la qualité nutritionnelle, en limitant si nécessaire les excès de sel et de sucre.

Comment renforcer les liens entre universités, centres de recherche, producteurs et entreprises agroalimentaires ?

Le Bénin dispose de compétences scientifiques et de savoirs issus des producteurs et transformateurs. Il faut rapprocher ces connaissances par une concertation entre universités, centres de recherche, organisations de producteurs, entreprises et institutions publiques. Les priorités concernent la conservation, les procédés, la nutrition, les emballages, les coproduits et la réduction des coûts. Les entreprises doivent participer aux projets dès leur conception, exprimer leurs besoins et tester les prototypes ; des unités pilotes évalueront leur faisabilité. Les savoir-faire traditionnels de fermentation, de séchage et de conservation doivent être documentés et améliorés sans perdre leur identité. Il faut clarifier le financement, la propriété intellectuelle et le transfert technologique. La recherche doit associer science, expérience du terrain et exigences du marché pour résoudre des problèmes concrets.

Quelles innovations encourager pour rendre la production et la transformation alimentaires plus durables face aux changements climatiques ?

Il faut nourrir les populations sans épuiser les ressources. Une agriculture résiliente repose sur des variétés adaptées au climat, l’agroécologie, la gestion des sols, la diversification et une irrigation économe en eau. Les informations météorologiques et le conseil agricole aident à planifier les activités. Les unités agroalimentaires peuvent réduire leurs coûts grâce aux équipements performants, aux séchoirs solaires, aux systèmes photovoltaïques et, si pertinent, à la valorisation énergétique des résidus. Selon leur nature et leur innocuité, ceux-ci peuvent servir à l’alimentation animale, au compost ou à la fabrication d’ingrédients. Dans la filière ananas, écorces et cœurs méritent des recherches pour identifier des usages sûrs et viables, après évaluation des coûts, risques et débouchés. Les entreprises doivent mesurer leurs consommations d’eau et d’énergie, limiter les pertes et évaluer l’impact des emballages. L’État peut soutenir cette transition par des financements adaptés et la recherche. La durabilité doit être accessible à tous.

Quelles sont les priorités du Bénin pour accélérer l’innovation agroalimentaire et garantir une alimentation saine, nutritive et accessible à long terme ?

Le Bénin doit relier production, conservation, transformation et commercialisation, en ciblant les filières porteuses pour les revenus, la nutrition et l’emploi. Il faut diffuser des technologies fiables, réparables localement et accessibles aux PME, tout en plaçant qualité sanitaire, traçabilité et nutrition au cœur de la transformation. Le renforcement des compétences est déterminant : techniciens, ingénieurs, chercheurs, spécialistes de la qualité, entrepreneurs et producteurs doivent maîtriser les nouvelles technologies. La recherche doit répondre aux besoins du terrain et les innovations pertinentes être financées et transférées. Il faut également faciliter l’accès au financement, aux infrastructures, aux marchés, aux certifications et aux labels. Les progrès se mesureront à la réduction des pertes, à l’amélioration des revenus, aux emplois créés, à la conformité sanitaire, à l’essor de la transformation locale, à l’accès aux aliments nutritifs et à la baisse des impacts environnementaux. Le Bénin possède les ressources et les savoir-faire nécessaires : il faut coordonner les initiatives et investir. Nourrir demain commence aujourd’hui. La recherche, la transformation, la qualité et la protection des ressources contribuent à la santé, à l’emploi et à la souveraineté alimentaire. La JMA doit renouveler les engagements et mesurer les progrès pour garantir à chacun une alimentation saine, nutritive, sûre et abordable.

Réalisé par Osias Satingo

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