Dans le cadre de la coopération syndicale Bénin-Belgique, la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB) se dit satisfaite des progrès réalisés avec ses partenaires béninois. En visite au Bénin, le président de la FGTB, Bert Engelaar, salue les avancées enregistrées dans le renforcement des capacités syndicales, la formation des acteurs et la dynamique de collaboration entre les organisations. Dans cette interview, il revient sur les acquis de ce partenariat fondé sur l’échange d’expériences et l’apprentissage mutuel.
Quelle est la mission qui vous amène ici au Bénin ?
Au départ, nous sommes venus parce que le Forum social mondial devait se tenir au Bénin. Il y a eu quelques difficultés dans l’organisation, mais il semble que les activités puissent finalement démarrer. Nous avons donc profité de cette occasion pour rencontrer nos partenaires. La FGTB mène plusieurs projets dans différents pays africains où nous apportons notre soutien. Notre démarche ne consiste pas à exporter notre vision des choses, mais à construire un véritable partenariat fondé sur l’apprentissage mutuel. C’était aussi une excellente occasion de visiter nos projets et d’observer concrètement ce qui se fait sur le terrain. Ces derniers jours, nous avons eu des échanges très enrichissants avec des travailleuses et des travailleurs. Nous avons notamment visité le Port de Cotonou, rencontré les responsables ainsi que les travailleurs. C’était particulièrement intéressant.
Quel regard portez-vous sur l’animation de la vie syndicale par vos partenaires au Bénin ?
Cela peut surprendre certaines personnes, mais la situation de la vie syndicale au Bénin présente plusieurs similitudes avec celle de la Belgique. Je ne dis pas que nous avons les mêmes conditions de travail ou le même contexte, mais nous faisons face à des difficultés comparables.En Belgique aussi, notamment depuis l’arrivée d’un gouvernement davantage orienté à droite, les syndicats sont confrontés à des défis. Le gouvernement prend parfois des décisions sans une véritable concertation avec les représentants des travailleurs, en cherchant à réduire le rôle des organisations syndicales. J’observe également cette réalité au Bénin. Les travailleurs ne doivent donc pas penser qu’ils sont seuls face à ces difficultés. Nous connaissons des situations similaires. Ce qui me paraît essentiel, c’est la proximité avec les populations. J’ai visité plusieurs localités et je suis convaincu qu’il est fondamental d’être présent sur le terrain, d’écouter les préoccupations des citoyens, qu’elles concernent leur employeur, l’administration ou d’autres aspects de leur vie.C’est ce que nous faisons en Belgique depuis plusieurs décennies. Le travail syndical ne doit pas se limiter aux conditions de travail ou au bien-être en entreprise. Les syndicats doivent élargir leur champ d’action, collaborer avec d’autres organisations et contribuer à faire progresser la société.Dans bien des cas, cela suppose de dialoguer avec les pouvoirs publics. On parle souvent de grèves ou d’actions syndicales. Elles sont parfois nécessaires, mais, à mes yeux, la concertation reste la meilleure voie pour construire une démocratie qui fonctionne et où chacun trouve sa place.
Après l’évaluation des projets, êtes-vous satisfait des résultats obtenus ?
Oui, nous sommes satisfaits. J’ai assisté à plusieurs sessions de formation ces derniers jours. J’ai pu constater que les outils pédagogiques, les documents de formation et les thématiques abordées sont très proches de ceux que nous utilisons en Belgique.Nous voyons que les participants sont motivés et désireux de travailler ensemble. C’est une évolution très positive. Lors de notre précédente visite, il existait huit ou neuf organisations syndicales qui ne collaboraient pas toujours efficacement.Aujourd’hui, des efforts sont faits pour rapprocher plusieurs organisations. Je ne dis pas que toutes sont réunies, mais cette dynamique est encourageante. En Belgique aussi, nous savons que l’unité renforce la capacité des syndicats à constituer un véritable contre-pouvoir face aux gouvernements. Lorsque plusieurs syndicats se divisent ou s’opposent entre eux, ils affaiblissent leur capacité de dialogue social. À l’inverse, travailler ensemble, malgré des sensibilités différentes, permet de défendre plus efficacement de meilleures conditions de travail et de meilleures conditions de vie pour l’ensemble de la population.Je constate donc une évolution très positive. Mais je tiens à préciser qu’elle est avant tout le fruit du travail des Béninois eux-mêmes, et non des Européens ou des Belges. Si nous pouvons apporter un appui, tant mieux. Mais, pour être honnête, j’ai moi-même énormément appris au cours de cette visite. C’est un partenariat qui fonctionne dans les deux sens.
Quelle sera la suite de cette coopération avec les syndicats béninois ? Que leur promettez-vous ?
Je pense que, si nous voulons continuer à être utiles, nous devons accompagner la professionnalisation de certaines structures syndicales et de leurs méthodes de travail.Par professionnalisation, j’entends notamment le renforcement de la communication avec les travailleurs, le développement d’une présence plus importante sur le territoire, y compris dans les villages, ainsi qu’une meilleure utilisation des outils technologiques. Aujourd’hui, les défis sont de plus en plus importants. Il faut trouver les moyens de communiquer avec un public beaucoup plus large. Nous avons notre expérience, les syndicats béninois ont la leur. On ne peut pas comparer directement la Belgique au Bénin. Chaque pays possède ses réalités, comme c’est également le cas au Soudan ou au Mali. Cette diversité constitue une richesse. Mais si nous voulons progresser, nous devons renforcer nos moyens de communication afin que les syndicats soient connus et compris par l’ensemble de la population.Chaque citoyen, où qu’il vive, doit savoir ce qu’est un syndicat, comprendre son rôle et savoir pourquoi il peut s’y engager ou y recourir. C’est pourquoi la communication devra encore être renforcée.
Merci beaucoup.
Merci à vous.
Réalisé par VIctorin Fassinou

