Entretien avec Andreï POUMPOLEV, Chargé d’affaires a.i. de l’ambassade de Russie près le Bénin : « Nous souhaitons développer des partenariats qui permettent aux pays africains de mieux valoriser leurs ressources »

Entretien avec Andreï POUMPOLEV, Chargé d’affaires a.i. de l’ambassade de Russie près le Bénin

« Nous souhaitons développer des partenariats qui permettent aux pays africains de mieux valoriser leurs ressources »

Le renforcement des relations entre la Russie et l’Afrique ouvre de nouvelles perspectives de partenariat avec le Bénin. Dans cet entretien, Andreï POUMPOLEV, Chargé d’affaires a.i. de l’ambassade de la Fédération de Russie près le Bénin, évoque les opportunités de coopération bilatérale, notamment dans les domaines des investissements, de l’énergie, de l’agriculture et de la formation. Il revient également sur les ambitions de Moscou à l’issue du troisième Sommet Russie–Afrique et les retombées concrètes attendues pour les populations béninoises…. Lire l’entretien.

Le troisième Sommet Russie–Afrique constitue un rendez-vous important dans les relations entre Moscou et les pays africains. Quels sont les principaux objectifs de cette rencontre et quelles sont les grandes priorités que la Russie entend défendre à cette occasion ?

Je retiens d’abord la volonté commune de faire avancer les investissements, les échanges commerciaux et la formation des spécialistes dont les économies africaines ont besoin. Les priorités sont bien cernées : l’énergie, l’agriculture, la transformation des matières premières, les infrastructures et les technologies. Le Plan d’action pour 2027–2029, adopté par nos dirigeants à l’issue du Sommet, doit permettre d’organiser cette coopération dans la durée, en tenant compte des programmes nationaux de développement et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine.
Cette démarche repose sur des principes auxquels nous sommes attachés : l’égalité souveraine des États, la non-ingérence et le respect du droit de chaque peuple à choisir ses partenaires et sa voie de développement. Comme Sergueï Lavrov, Ministre russe des Affaires étrangères, l’a souligné le 28 octobre, les pays africains veulent aujourd’hui donner à leur indépendance politique une assise économique, énergétique et financière solide. La Russie soutient cette aspiration.
Dans son intervention au Sommet, le Président Vladimir Poutine a confirmé l’intérêt des entreprises russes pour l’implantation de productions en Afrique, avec le transfert de technologies et la création d’emplois sur place. C’est une orientation importante. Nous souhaitons développer des partenariats qui permettent aux pays africains de mieux valoriser leurs ressources et de disposer de leurs propres compétences industrielles.

Les relations entre la Russie et l’Afrique couvrent plusieurs domaines, notamment l’économie, le commerce, l’énergie, l’agriculture, l’éducation et la formation. Quelles avancées concrètes ce sommet pourrait-il favoriser pour renforcer cette coopération et répondre aux besoins de développement des pays africains ?

Je citerai plusieurs domaines où nous disposons déjà d’une expérience pratique et des propositions de long terme.
En agriculture, la Russie contribue à la sécurité alimentaire du continent : plus de 18 millions de tonnes de céréales ont été livrées en 2025, et 13 millions supplémentaires au cours des neuf premiers mois de 2026, comme l’a rappelé le Président russe. Nous proposons également des semences, des engrais, du matériel agricole et des solutions pour l’irrigation, le stockage et la transformation. L’objectif est d’aider les pays intéressés à augmenter leur propre production et à mieux la commercialiser.Dans l’énergie, les solutions doivent correspondre aux besoins et aux moyens de chaque pays. Les propositions présentées au Forum économique et humanitaire concernent notamment la construction et la modernisation d’installations hydroélectriques, avec l’expertise de RusHydro, ainsi que la production modulaire d’électricité pour les territoires isolés. La coopération dans le nucléaire civil se développe également avec les partenaires qui en font le choix.
La formation accompagne ces projets. Pour l’année universitaire 2026-2027, le quota de bourses gouvernementales russes destiné à l’ensemble de l’Afrique a été porté à 5 500 places. J’attache une importance particulière à la formation des ingénieurs, des agronomes, des médecins et des techniciens qui pourront ensuite travailler au développement de leur pays. Enfin, la coopération sanitaire produit déjà des résultats : quinze laboratoires mobiles ont été remis à huit pays africains et quelque 450 spécialistes ont été formés dans le cadre du programme russe de lutte contre les infections. Sa prolongation jusqu’en 2029, annoncée au Forum, permettra de poursuivre ce travail.

Le Bénin, comme plusieurs pays du continent, cherche à diversifier ses partenariats et à attirer davantage d’investissements étrangers. Quelles perspectives le renforcement des relations entre la Russie et l’Afrique ouvre-t-il spécifiquement pour la coopération entre la Russie et le Bénin ?

Les perspectives s’appuient sur des coopérations déjà engagées, auxquelles l’Ambassade accorde une grande importance.
Dans le domaine géologique, la société Rosgeologia a repris les levés aérogéophysiques au Bénin. Cette nouvelle étape prolonge les travaux réalisés en 2019-2021 par sa filiale Zarubezhgeologia : évaluation de pierres ornementales, notamment du marbre et de la monzonite, traitement et interprétation de données géophysiques, recommandations pour la création d’un laboratoire d’État. Une meilleure connaissance du sous-sol permet à la partie béninoise de préparer ses projets de valorisation des ressources et d’orienter les investissements sur une base technique fiable.
La formation occupe une place tout aussi importante. Le Bénin bénéficie de 150 bourses d’études du Gouvernement russe, avec des perspectives d’augmentation de ce contingent. Les jeunes Béninois reçoivent en Russie un enseignement supérieur de grande qualité et acquièrent des compétences qu’ils mettent ensuite au service du développement de leur pays. Les diplômés de nos universités apportent ainsi une contribution importante à l’économie béninoise. Ils constituent aussi, pour nous, un lien humain essentiel entre nos deux pays, fait de relations professionnelles et personnelles qui se maintiennent pendant de longues années.
L’apprentissage du russe facilite ces parcours. Le 27 octobre, une nouvelle année de cours a commencé à l’Université d’Abomey-Calavi, au Centre d’éducation ouverte et d’apprentissage du russe qui y fonctionne depuis 2023. Le programme annuel associe une préparation intensive de deux semaines en présentiel à des cours à distance, avec délivrance d’un certificat à l’issue de la formation.
L’Ambassade souhaite également profiter de cet entretien pour annoncer la prochaine escale d’un bâtiment-école de la Flotte de la Baltique de la Marine russe au Port Autonome de Cotonou. Un vaste programme de manifestations et de rencontres est prévu à cette occasion. Ces escales sont devenues une tradition de notre coopération bilatérale. L’Ambassade se réjouit de la poursuite de ces échanges et leur attache une grande importance.

Au-delà des déclarations officielles et des engagements diplomatiques, les populations africaines attendent des retombées concrètes de ces rencontres. Quelles mesures la Russie envisage-t-elle pour assurer le suivi des décisions du sommet et leur traduction en projets tangibles au bénéfice des pays africains, notamment du Bénin ?

Cette attente est légitime. Le Plan d’action 2027–2029 prévoit un mécanisme précis : les ministères, organismes et institutions concernés sont chargés de son exécution ; les conférences ministérielles annuelles du Forum de partenariat Russie – Afrique examinent les progrès accomplis ; le secrétariat du Forum, au sein du Ministère russe des Affaires étrangères, en assure la coordination. Des instruments économiques accompagnent ce travail : soutien public à la création de plateformes logistiques, de centres de distribution et d’unités d’assemblage et de maintenance en Afrique, développement des relations entre banques et des règlements en monnaies nationales. Il s’agit de faciliter les opérations commerciales, de réduire leurs coûts et de rendre les investissements plus sûrs.
Le commerce russo-africain a dépassé 27 milliards de dollars en 2025 ; l’objectif annoncé est de doubler les échanges dans un avenir proche et de franchir le seuil des 50 milliards de dollars. Dans l’énergie, plus de trente projets sont déjà réalisés conjointement dans seize pays africains. Il existe donc une base concrète pour élargir la coopération et préparer de nouveaux investissements.
L’Ambassade accorde une grande importance à la continuité de ce travail avec les autorités béninoises et les opérateurs concernés. Le critère essentiel a été rappelé par le Président Poutine au cours du Sommet : l’élévation du niveau de vie de nos populations. Pour le Bénin, cela suppose que la coopération renforce les capacités de production nationales, crée des emplois qualifiés et permet de conserver davantage de valeur ajoutée dans le pays. C’est ainsi que les investissements et les transferts de compétences peuvent conforter durablement son autonomie économique, conformément aux priorités définies par ses autorités.

Réalisé par VIctorin Fassinou pour HIRONDELLE INFO

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *