Après douze années de service, les enseignants ACDPE, EPA et EPC de la promotion 2014 du ministère de l’Enseignement secondaire montent au créneau, non pas dans un bras de fer avec l’administration, mais pour solliciter l’intervention du président de la République et des autorités compétentes. Lors d’un point de presse tenu lundi 31 août 2026 à la Bourse du Travail de Cotonou, ils ont demandé la restauration de leurs droits et la correction des effets des retards administratifs qui, selon eux, ont affecté la reconstitution de leur carrière.
Dans une démarche qu’ils veulent responsable et ouverte au dialogue, les membres du Collectif des enseignants Agents contractuels de droit public de l’État (ACDPE), Élèves professeurs adjoints (EPA) et Élèves professeurs certifiés (EPC) de la promotion 2014 ont exposé leurs préoccupations devant les professionnels des médias. L’objectif, ont-ils expliqué, est d’attirer l’attention du chef de l’État, Romuald Wadagni, ainsi que des ministères concernés, sur plusieurs difficultés liées à leur formation, leur intégration et au calcul de leur ancienneté. À l’entame de la déclaration, Thierry Ahouansou a tenu à lever toute équivoque sur la démarche du collectif. Il a souligné que les enseignants ne sont pas engagés dans un bras de fer avec l’administration, mais sollicitent plutôt l’intervention des autorités compétentes, notamment celle du ministre de l’Enseignement secondaire et du président de la République, « le père de la Nation », afin que leur situation trouve définitivement une solution. Dans les explications qui ont suivi, les conférenciers Adéagbo Idelphonse et Doha Richard ont exposé les différents points de désaccord qui, selon eux, nécessitent un réexamen de la part des autorités. Ils estiment notamment que les retards enregistrés dans le processus de formation ne doivent pas leur être imputés et ne devraient, par conséquent, pas avoir pour effet de retarder leur intégration ou de réduire leurs droits dans la reconstitution de leur carrière.
Des retards administratifs au cœur des préoccupations
Selon le collectif, les enseignants concernés ont été engagés dans un processus de formation professionnelle devant leur permettre d’accéder aux corps des Professeurs adjoints et des Professeurs certifiés. L’arrêté interministériel du 27 juin 2025 portant mise en formation fait notamment référence aux années scolaires 2018-2019 et 2020-2021. Le décret n°2015-592 du 21 novembre 2015 portant statuts particuliers des corps des personnels enseignants de l’enseignement du second degré fixe, pour sa part, la durée de la formation professionnelle à deux années. Mais dans les faits, expliquent les enseignants, la formation n’a démarré qu’en décembre 2022 pour s’achever en septembre 2024. Pour le collectif, ce décalage ne saurait leur être imputé puisqu’il relève de la gestion administrative du processus de formation. Les intéressés estiment ainsi que, si le calendrier prévu avait été respecté, leur formation aurait dû prendre fin plus tôt et leur intégration dans les nouveaux corps intervenir à compter du 1er janvier 2023. Or, l’administration a finalement retenu le 1er janvier 2025 comme date d’intégration.C’est donc le premier point de leur revendication : obtenir la prise en compte de la période allant de décembre 2018 à décembre 2022 et le rétablissement de la date d’intégration au 1er janvier 2023.
Le désaccord autour de l’ancienneté et des textes
Autre sujet de contestation, le calcul de l’ancienneté et l’avancement d’échelon. Le collectif s’appuie notamment sur l’avenant du 13 mai 2026, qui a permis l’intégration des EPA et EPC de la promotion 2014 dans leurs nouveaux corps. Selon les enseignants, après douze années de service, les intéressés n’ont bénéficié que d’un seul échelon supplémentaire : A3-2 pour les EPA devenus Professeurs adjoints et A1-2 pour les EPC devenus Professeurs certifiés. Le collectif conteste également la période retenue pour l’application du coefficient de conservation de l’ancienneté, qui s’étendrait de décembre 2018 à décembre 2024. Il estime que la période comprise entre décembre 2018 et décembre 2022 ne devrait pas être neutralisée dans la reconstitution de leurs carrières.Au cœur du débat se trouve également l’interprétation de deux textes. L’article 120, alinéa 3, de la loi n°2015-18 du 1er septembre 2017 portant statut général de la fonction publique prévoit la prise en compte du temps de formation des élèves fonctionnaires pour le tiers de sa valeur dans l’avancement d’échelon.Le collectif invoque, de son côté, l’article 202 du décret n°2015-592 portant statut particulier des personnels enseignants. Selon sa lecture, cette disposition prévoit un régime spécifique permettant une conservation plus favorable du temps passé en formation, notamment à hauteur des deux tiers. Les enseignants demandent donc que leur situation soit examinée à la lumière du statut particulier qui régit leur corps et que soit retenue, lorsqu’elle est applicable, la disposition la plus favorable.
La COSI-Bénin apporte son soutien
Cette sortie médiatique a reçu le soutien de la Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (COSI-Bénin), représentée à ce point de presse par son secrétaire général, Codjo Hinlin. Prenant la parole, le responsable syndical a dénoncé les irrégularités qui, selon lui, entachent la gestion de la carrière des enseignants recrutés en 2014 et 2016. Il a notamment rappelé que les enseignants recrutés en 2014 avaient initialement signé des contrats à durée indéterminée avant que l’administration ne leur demande, quelques mois plus tard, de signer des contrats à durée déterminée.Pour la COSI-Bénin, cette situation soulève une difficulté au regard du décret n°2015-373 du 24 juin 2015 portant régime juridique d’emploi des agents contractuels de l’État. Codjo Hinlin estime que le recours au CDD ne se justifiait pas pour des enseignants recrutés dans la perspective d’occuper durablement des emplois au sein du système éducatif. Le secrétaire général de la COSI-Bénin a également critiqué la gestion du processus de formation et les conséquences des retards administratifs sur la carrière des intéressés. Il s’est notamment interrogé sur le fait que des dates différentes de celles prévues dans les arrêtés de mise en formation puissent être retenues dans le traitement de la carrière des enseignants. Sur la question du calcul de l’ancienneté, il a par ailleurs contesté l’application de la règle du tiers, estimant que les dispositions spécifiques applicables aux personnels enseignants prévoient plutôt la conservation des deux tiers du temps de formation. Selon lui, les précédentes opérations d’intégration d’enseignants n’auraient pas été traitées sur la base d’une règle du tiers. Codjo Hinlin a ainsi réaffirmé le soutien de la COSI-Bénin au collectif, précisant que cette position syndicale ne dépend pas de l’appartenance des enseignants à la confédération, mais de la légitimité de leur démarche. Il a assuré que la COSI-Bénin continuera d’accompagner les intéressés dans leurs démarches auprès des autorités compétentes.
Quatre revendications pour une reconstitution de carrière
Au-delà de la question de la formation, les enseignants réclament également la prise en compte des quatre années passées sous Contrat à durée déterminée (CDD). Ils rappellent avoir effectivement exercé leurs fonctions durant cette période et avoir contribué au fonctionnement du système éducatif national. Pour le collectif, ces années de service ne devraient pas être ignorées dans la reconstitution de leur carrière. Il demande donc que cette ancienneté soit examinée et prise en compte conformément aux textes applicables et à la réalité des services accomplis.Au terme de leur point de presse, les enseignants ont formulé quatre revendications principales. Ils demandent d’abord la prise en compte de la période de décembre 2018 à décembre 2022 dans le calcul de leur ancienneté. Ils réclament ensuite leur intégration dans les corps des Professeurs adjoints et des Professeurs certifiés à compter du 1er janvier 2023, au lieu du 1er janvier 2025. Le collectif sollicite également l’application de l’article 202 du décret n°2015-592 pour l’avancement d’échelon, avec la conservation des deux tiers du temps de formation, plutôt que la seule application de la règle du tiers. Enfin, il demande la prise en compte des quatre années de service effectuées sous CDD dans la reconstitution de leur carrière. Se présentant comme un collectif « responsable et ouvert au dialogue », les enseignants affirment ne pas vouloir entrer dans une logique de confrontation avec l’administration. Ils souhaitent plutôt l’ouverture d’un cadre de dialogue avec les autorités compétentes afin de parvenir à une solution durable. Après douze années de service, ils estiment légitime de demander une reconstitution « juste et complète » de leurs carrières. Leur appel est désormais dirigé vers le président de la République et les ministères concernés, avec l’espoir d’une intervention permettant, selon eux, de restaurer leurs droits et de corriger les effets des retards administratifs qu’ils disent ne pas avoir provoqués. Pour la COSI-Bénin, cette bataille dépasse le seul cas des enseignants de la promotion 2014. Elle touche plus largement, selon son secrétaire général, à la gouvernance de la carrière des agents de l’État et à leur épanouissement professionnel. La confédération syndicale a ainsi réaffirmé sa disponibilité à accompagner le collectif jusqu’à la satisfaction de ses revendications. Le collectif veut croire que son appel sera entendu. Il compte désormais sur l’intervention des autorités pour réexaminer sa situation, restaurer ses droits et mettre fin aux effets des retards administratifs dénoncés.
Mechack Ahouandja ( coll)

