Sommet Russie-Afrique, Ukraine, sécurité et patrimoine : Moscou expose ses priorités à Cotonou Coopération économique, situation ukrainienne, sécurité alimentaire et patrimoine culturel au cœur des échanges

Les préparatifs du troisième Sommet Russie-Afrique, prévu les 28 et 29 octobre 2026 à Moscou, ainsi que plusieurs grands dossiers internationaux ont été au cœur d’une séance d’information organisée à l’ambassade de Russie à Cotonou le 27 août 2026. Animée par M. Andreï POUMPOLEV, Chargé d’Affaires a.i., avec la participation de M. Maxime MÉLÉTINE, Attaché de presse, la rencontre a notamment porté sur la coopération russo-africaine, la situation en Ukraine, la sécurité alimentaire et maritime, la réunification familiale, la sécurité en Eurasie et le patrimoine culturel de la Crimée.

 

Le troisième Sommet Russie-Afrique a occupé une place importante dans cette présentation. Selon les autorités russes, les chefs d’État et de gouvernement africains ainsi que les dirigeants des organisations régionales d’intégration du continent ont été invités à participer à cette rencontre. Plusieurs capitales africaines ont déjà confirmé leur participation et annoncé l’envoi de délégations de haut niveau réunissant responsables publics et représentants des milieux d’affaires. Les autorités russes indiquent que plus de trente pays africains avaient déjà confirmé leur venue en juillet. Moscou présente ce sommet comme un rendez-vous majeur dans les relations entre la Russie et les États africains. Les questions économiques devraient être au cœur des échanges. La Russie souhaite notamment développer les échanges commerciaux et les investissements dans des secteurs tels que l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, les systèmes de paiement indépendants, la sécurité alimentaire, la transformation numérique et l’intelligence artificielle. Un Forum économique et humanitaire sera également organisé en marge du sommet. Il comprendra des sessions thématiques et un espace d’exposition consacrés notamment à l’agriculture, à la santé, à l’éducation, à la science, aux technologies et à la culture. La signature de plusieurs accords interétatiques et contrats commerciaux est annoncée.

Ukraine : Moscou défend ses positions

La situation autour de l’Ukraine a constitué l’autre grande partie de la séance d’information. La Russie affirme que les capacités militaires ukrainiennes diminuent sous l’effet des opérations de ses forces armées et accuse Kiev de chercher à provoquer une nouvelle escalade avec le soutien militaire et le renseignement fournis par les pays de l’OTAN. Moscou affirme également que les attaques contre les populations et infrastructures civiles de plusieurs régions russes se sont intensifiées. Pour la semaine du 12 au 18 août, les autorités russes font état d’une moyenne de dix civils tués et de 60 blessés par jour. Des victimes auraient notamment été enregistrées dans les régions de Belgorod, Briansk, Koursk, Rostov, Moscou et Kherson, ainsi que dans les territoires de Donetsk et de Lougansk et à Sébastopol. La partie russe considère les attaques visant des habitations, des transports publics, des établissements médicaux et des services de secours comme une politique visant les populations civiles.Sur le plan judiciaire, Moscou indique que le Comité d’enquête russe a achevé l’instruction de plus de 1 150 affaires concernant plus de 1 500 membres des forces ukrainiennes. Des verdicts de culpabilité auraient déjà été prononcés contre 1 231 personnes. La question de la mobilisation en Ukraine a également été évoquée. La Russie affirme que des cas de violences, de détentions illégales et d’extorsions impliquant des centres territoriaux de recrutement auraient été signalés. Elle cite également des déclarations de parlementaires ukrainiens faisant état de pratiques de corruption dans le système de recrutement militaire. La diplomatie reste toutefois évoquée comme une voie possible. Moscou estime que les contacts russo-ukrainiens organisés à Istanbul montrent que le dialogue peut fonctionner lorsqu’il porte sur des questions concrètes, notamment humanitaires. La sécurité maritime et alimentaire constitue un autre sujet de préoccupation pour les autorités russes. Moscou accuse Kiev d’avoir multiplié les attaques contre des infrastructures portuaires et des navires commerciaux en mer Noire et en mer d’Azov. Selon la partie russe, ces opérations perturbent l’acheminement de céréales, d’huile de tournesol et d’autres produits agricoles vers les marchés internationaux.Plusieurs navires battant pavillon de pays tiers auraient été touchés au cours des derniers mois. La Russie estime que ces attaques pourraient avoir des conséquences sur les importations agricoles de nombreux pays, notamment ceux du Sud global, et appelle les organisations internationales à agir en faveur de la sécurité de la navigation et de la continuité des exportations agricoles. La question des enfants ukrainiens a également été abordée. Moscou rejette catégoriquement les accusations d’enlèvement ou de déportation d’enfants et affirme que sa priorité était de mettre les mineurs à l’abri des zones de combat et de faciliter la réunification des familles séparées par les hostilités. Selon les chiffres communiqués lors de la séance, 141 enfants issus de 114 familles auraient retrouvé leurs proches vivant en Ukraine ou dans des pays tiers. Dans le sens inverse, 30 enfants issus de 22 familles seraient revenus d’Ukraine en Russie. La Russie affirme travailler avec le Comité international de la Croix-Rouge, le Qatar et le Vatican pour faciliter ces procédures.

Sécurité eurasiatique et patrimoine culturel

La Russie a ensuite livré une lecture critique de l’évolution sécuritaire de l’Union européenne. Moscou dénonce l’augmentation des dépenses militaires européennes et le rapprochement entre les structures de l’UE et celles de l’OTAN. Selon les chiffres avancés par les autorités russes, les dépenses militaires annuelles des États membres auraient augmenté de près de 60 % entre 2022 et 2025, atteignant environ 381 milliards d’euros en 2025. Moscou estime que cette évolution risque de se faire au détriment de secteurs tels que l’éducation, la santé, les retraites, les politiques sociales et les infrastructures civiles. Face à cette évolution, la Russie défend la construction d’une architecture de sécurité « égale et indivisible » à l’échelle de l’Eurasie. Celle-ci devrait, selon Moscou, respecter la souveraineté des États, favoriser les garanties collectives et privilégier le règlement politique et diplomatique des différends. La Russie souhaite notamment renforcer les mécanismes de coopération entre l’Organisation de coopération de Shanghai, l’Organisation du traité de sécurité collective, la Communauté des États indépendants et l’Union économique eurasiatique. Elle estime que la sécurité doit également intégrer les enjeux liés au développement, à la lutte contre la pauvreté, à la sécurité alimentaire et énergétique, aux infrastructures et à la santé. Le patrimoine culturel de la Crimée a enfin été évoqué à travers le différend portant sur la collection présentée en 2014 au musée Allard Pierson de l’Université d’Amsterdam dans le cadre de l’exposition « Crimée : or et secrets de la mer Noire ». Composée de près de 2 000 objets archéologiques, la collection provenait principalement de quatre institutions muséales de Crimée. Après le rattachement de la péninsule à la Russie en 2014, un différend est né autour de la restitution des pièces. Les juridictions néerlandaises ont finalement décidé que la collection devait être remise à Kiev. La Cour suprême des Pays-Bas a confirmé cette décision en 2023 et les objets ont ensuite été transférés en Ukraine. La Russie conteste cette décision et soutient que les pièces auraient dû être restituées aux institutions qui les avaient prêtées. Moscou estime que cette affaire pourrait fragiliser la confiance entre les musées participant à des expositions internationales.

VIctorin Fassinou

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