Patrimoine et climat : Le Professeur Romuald Tchibozo dévoile les ambitions du colloque de l’INMAAC

« Le changement climatique est en train d’impacter une bonne partie de nos savoir-faire. » Le constat du Professeur Romuald Tchibozo, Directeur de l’INMAAC, met en lumière les risques qui pèsent sur le patrimoine béninois. À travers un colloque international prévu du 3 au 5 novembre 2026, des chercheurs et des acteurs de terrain sont appelés à réfléchir aux moyens de mieux préserver cet héritage. À quelques jours du colloque international consacré au patrimoine, à sa préservation et à sa promotion face aux changements climatiques au Bénin, le Professeur Romuald Tchibozo, Directeur de l’Institut national des métiers d’art, d’archéologie et de la culture (INMAAC), explique les motivations de cette initiative. Dans cet entretien, il revient sur les menaces qui pèsent sur le patrimoine béninois, évoque des exemples concrets et présente les objectifs de cette rencontre scientifique prévue pour se tenir à l’Université d’Abomey-Calavi.

Pourquoi avoir initié ce colloque sur le patrimoine et les changements climatiques ?

Depuis 2022, lInstitut national des métiers dart, darchéologie et de la culture (INMAAC) organise chaque année un colloque scientifique. Pendant trois ans, nous avons abordé le patrimoine culturel sous différents aspects, notamment les questions liées à la loi, au patrimoine culturel lui-même et au patrimoine archéologique. Nous sommes arrivés à un moment où nous avons constaté que les changements climatiques pourraient constituer un facteur limitant pour la préservation de notre patrimoine. Nos recherches nous ont permis de comprendre que ce phénomène affecte une bonne partie de nos savoir-faire et contribue à la disparition de certains éléments du patrimoine. C’est pourquoi nous avons décidé, cette année, d’explorer les différentes dimensions du patrimoine face aux changements climatiques. Nous avons associé à cette initiative l’Institut national du cadre de vie (ICaV), afin d’élargir la réflexion au-delà du seul patrimoine culturel. Il s’agit également de prendre en compte le patrimoine paysager, le patrimoine aquatique et subaquatique, ainsi que toutes les autres formes de patrimoine susceptibles d’être affectées par les changements climatiques.

Quelles sont concrètement les principales menaces climatiques qui pèsent aujourd’hui sur le patrimoine béninois ?

Les menaces sont nombreuses. Lorsque j’ai commencé mes recherches en 1991, je me suis rendu à Dassa pour étudier la sculpture Idatcha. J’ai alors été confronté à une situation préoccupante : pour préserver leur patrimoine, les dépositaires de la tradition avaient, pour partie, enterré dans la forêt certains éléments de cultures matérielles notamment, les sculptures. Mais, en cherchant à les voir, ce fut quasi impossible. Ils se sont rendu compte que certaines avaient disparu. Les conditions climatiques dont, par exemple, l’effet combiné de l’humidité et de la chaleur a dû avoir raison delles parce que, réalisées en bois. Un autre exemple concerne les masques Gèlèdè. L’une des essences de bois originelles utilisées pour sculpter leur superstructure a disparu ou presque. Certains sculpteurs sont donc obligés de s’adapter en utilisant d’autres essences. Mais, cela soulève une question importante : ces nouveaux matériaux permettent-ils de préserver véritablement les caractéristiques de ce patrimoine ? A Bantè, limpact est déjà visible depuis quelques années. De même, le Bénin est en train dinvestir massivement dans les infrastructures comme les musées pour conserver son patrimoine. Il me semble essentiel, dintégrer ce genre de réflexion prospective pour imaginer ce que cela pourrait être dans 50 ou 100 ans.
Le patrimoine végétal est également menacé. Les forêts classées subissent une érosion, tout comme les mangroves, qui sont en recul. Or, ces dernières jouent un rôle essentiel dans la réduction des inondations, la prolifération des poissons et la protection de l’environnement. Elles contribuent aussi à la purification des milieux dans lesquels elles se trouvent. Tous ces phénomènes méritent d’être étudiés. Nous devons comprendre comment les changements climatiques transforment notre environnement et affectent les différentes formes de patrimoine. Il est indispensable de réfléchir à des solutions adaptées.

Quelles solutions concrètes attendez-vous de ce colloque ?

Je souhaite que ce colloque permette d’accorder une place importante à la recherche de solutions. Nous attendons des échanges, qu’ils fassent émerger un éventail de propositions susceptibles de contribuer à une meilleure préservation du patrimoine face aux changements climatiques. C’est justement l’un des objectifs de cette rencontre : permettre aux participants de confronter leurs expériences et leurs connaissances afin d’identifier des pistes de solutions pertinentes.

Quels sont les participants attendus à cette rencontre scientifique ?

Nous attendons de nombreux participants, notamment du Bénin, de la Guinée, du Burkina Faso et du Togo. Nous avons reçu des propositions de communication provenant de ces différents pays. Une place importante sera accordée aux chercheurs qui travaillent sur des problématiques spécifiques liées aux changements climatiques et au patrimoine. Nous donnerons également la parole aux professionnels de terrain, aux organisations non gouvernementales et à d’autres acteurs qui pourront partager leurs expériences. Les spécialistes des universités apporteront aussi leurs contributions. Ce colloque ne s’adresse donc pas uniquement au monde universitaire. Nous ne pouvons pas réfléchir à la question du patrimoine et des changements climatiques sans associer les personnes qui travaillent directement sur le terrain et disposent d’expériences concrètes. L’objectif est de mettre ces différentes compétences en dialogue dans un cadre scientifique, afin de mieux analyser les effets des changements climatiques sur le patrimoine.

Quel appel lancez-vous aux personnes qui souhaitent prendre part à ce colloque ?

Nous espérons une forte participation du monde universitaire, mais le colloque reste ouvert à toutes les personnes intéressées par cette thématique. Nous serons très heureux de les accueillir afin qu’elles puissent échanger avec nous et partager leurs expériences sur les questions liées au patrimoine et aux changements climatiques.

Réalisé par Victorin Fassinou

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *