Le chantier de reconstruction de la route Sètto-Dassa-Zoumè est officiellement entré dans sa phase opérationnelle ce mercredi 9 septembre 2026, à l’occasion d’une cérémonie organisée dans l’enceinte de la nouvelle Préfecture de Dassa-Zoumè. L’événement a réuni des autorités gouvernementales, préfectorales et communales, des élus, des leaders traditionnels, des représentants du Millennium Challenge Corporation (MCC), du MCA-Bénin Régional ainsi que de l’ambassade des États-Unis au Bénin.

Cette cérémonie marque ainsi le passage d’un projet longtemps attendu à une phase désormais concrète sur le terrain. Longtemps attendu par les usagers et les populations riveraines, le chantier de reconstruction de la route Sètto-Dassa-Zoumè est désormais une réalité. Avec une infrastructure moderne en 2 × 2 voies, le projet ambitionne de transformer durablement la mobilité et les échanges sur cet axe stratégique du corridor Cotonou-Niamey. Au-delà des caractéristiques techniques du projet, les autorités locales voient dans cette reconstruction une opportunité majeure pour les populations riveraines. Le maire de Dassa-Zoumè, Armand Lawin, a exprimé la profonde gratitude des populations au Gouvernement béninois et au peuple américain pour la reconstruction de cet axe stratégique. Selon lui, le projet devrait améliorer la mobilité, renforcer la sécurité routière et dynamiser les activités économiques. Il a assuré de la disponibilité de la mairie à accompagner les travaux et appelé les populations à faire preuve de patience, de discipline et à préserver cette infrastructure appelée à devenir un véritable corridor de développement.Un sentiment partagé par les autorités départementales, qui mesurent également les enjeux de cette infrastructure pour les Collines. Le préfet du département des Collines, Saliou Odoubou, a, pour sa part, salué, au nom des populations du département, l’appui technique et financier du Millennium Challenge Corporation à la reconstruction de la route Sètto-Dassa-Zoumè. Il a réaffirmé l’engagement des autorités à accompagner les travaux et invité les populations à la collaboration et au civisme.

175 milliards FCFA pour transformer le corridor Bénin-Niger
Au-delà de l’impact attendu à l’échelle locale, le projet s’inscrit dans une vision plus large de modernisation du système de transport béninois et de renforcement du corridor Bénin-Niger. Le coordonnateur national du MCA-Bénin Régional, Afiss Bileoma, a présenté la reconstruction de la route Sètto-Dassa-Zoumè comme une étape majeure dans le renforcement de la compétitivité, de la sécurité et de l’intégration régionale du Bénin. Selon lui, le projet dépasse la simple réalisation d’une infrastructure routière. Il participe d’une vision globale visant à améliorer les conditions de circulation des personnes et des marchandises, à réduire les coûts et les délais de transport et à rendre plus performant le corridor reliant le Port de Cotonou aux pays de l’hinterland. L’importance de cet axe s’explique notamment par l’augmentation du trafic de marchandises au Port de Cotonou et par la circulation quotidienne de nombreux véhicules sur les routes béninoises. À cet enjeu économique s’ajoute celui de la sécurité routière. Selon les données du Centre national de sécurité routière (CNSR) rappelées lors de la cérémonie, près de trois personnes perdent chaque jour la vie sur les routes béninoises. Pour accompagner cette transformation, un investissement global de 175 milliards de francs CFA a été mobilisé par les États-Unis et le Bénin. Cette enveloppe comprend 121 milliards de francs CFA de contribution américaine à travers le Millennium Challenge Corporation et 54 milliards de francs CFA apportés par le Gouvernement béninois. Le programme repose sur deux grands axes : l’Efficacité du Corridor (EOC) et l’Infrastructure du Corridor (IC). Le premier vise notamment à améliorer les conditions d’exploitation du corridor, à réduire les accidents et les coûts de transport et à renforcer la performance du secteur. Le volet consacré à l’efficacité prévoit ainsi la modernisation des centres de contrôle technique, des systèmes de pesage et d’immatriculation, ainsi que le renouvellement de la flotte de transport de marchandises. Il entend également renforcer la professionnalisation des transporteurs et améliorer la formation, la conformité et les pratiques des conducteurs. Cette ambition ne repose donc pas uniquement sur la modernisation des infrastructures routières. Des réformes sont également prévues pour améliorer durablement la gestion et l’entretien du patrimoine routier et renforcer l’utilisation des outils numériques dans le secteur. L’objectif est de garantir que les investissements réalisés puissent produire leurs effets dans la durée. À cette transformation du secteur des transports s’ajoute un volet consacré au développement des compétences, à l’emploi et à l’entrepreneuriat des jeunes. Le programme accorde une place importante à la jeunesse, notamment à travers les chantiers-écoles et le projet MINIZEDAGA, destiné à accompagner 150 jeunes dans les métiers de la mécanique automobile et de l’agro-industrie.

Une route moderne en 2 × 2 voies
Sur le terrain, cette ambition se traduit par un projet dont les caractéristiques techniques ont été détaillées lors de la cérémonie. Abdel Faïz Touré, Directeur des Opérations du MCA-Bénin Régional, a présenté les principales caractéristiques du projet. Longue de 38,74 kilomètres, la route sera entièrement reconstruite en 2 × 2 voies sur la Route nationale inter-États n° 2, à cheval sur les départements des Collines et du Zou. La durée prévisionnelle des travaux est de trois ans, avec une mise en service attendue en septembre 2029. Cette reconstruction ne se limitera pas à la chaussée, puisqu’elle prévoit également plusieurs aménagements destinés à renforcer la fonctionnalité et la sécurité de l’axe. Elle comprend notamment la réalisation de nouveaux ouvrages d’assainissement, de caniveaux, de fossés bétonnés et de différents ouvrages hydrauliques. Le projet prévoit également le dédoublement du pont de Zouto, avec la construction d’un nouvel ouvrage et la réhabilitation de l’ancien. Un aménagement spécifique est également prévu au carrefour de Dassa-Zoumè, afin d’améliorer la circulation et la sécurité au niveau de ce point stratégique. À cela s’ajoute la construction d’un poste de péage moderne à Gankpétin. La réalisation de ces infrastructures s’accompagnera par ailleurs d’un dispositif spécifique pour garantir la sécurité pendant toute la durée du chantier. Une attention particulière est accordée à la sécurité des usagers et des riverains. Pendant les travaux, des déviations balisées, des limitations de vitesse et des dispositifs de sécurisation des accès aux habitations, écoles, marchés et lieux de culte seront mis en place. Des mesures de protection des travailleurs et des populations riveraines sont également prévues. Parallèlement aux exigences techniques et sécuritaires, les responsables du projet ont également prévu des mesures pour limiter les impacts sur les populations et leur environnement. Sur le plan environnemental et social, le projet prévoit la mise en œuvre du plan d’action de réinstallation et du plan de restauration des moyens de subsistance des personnes affectées. Des mécanismes de gestion des plaintes seront opérationnels, tandis que des mesures d’accompagnement sont prévues au profit des groupes vulnérables et des petits commerces déplacés. Au-delà des mesures de protection et d’accompagnement, le chantier devrait également produire des effets directs sur l’économie locale. Il devrait générer des retombées pour les communautés locales grâce au recrutement de la main-d’œuvre locale, à l’implication des fournisseurs et prestataires des zones traversées et à la formation de jeunes aux métiers du BTP à travers les chantiers-écoles.
Les États-Unis réaffirment leur soutien
L’importance de cet investissement s’est également reflétée dans les interventions des représentants américains présents à la cérémonie. Alicia Robinson-Morgan, Vice-Présidente Adjointe (par intérim) pour l’Afrique au sein du Département des Opérations de Programme du Millennium Challenge Corporation (MCC), a réaffirmé l’engagement des États-Unis à accompagner le Bénin dans la mise en œuvre du projet.Elle a souligné que cette infrastructure devrait contribuer à améliorer les conditions de transport et la qualité de vie des populations, tout en appelant au respect des délais, des exigences du projet et des normes internationales de qualité.Dans le même esprit, l’ambassade des États-Unis au Bénin a réaffirmé l’importance de ce partenariat dans le développement du corridor. Shane Dixon, Chargé d’Affaires de l’Ambassade des États-Unis d’Amérique au Bénin, a également réaffirmé le soutien américain à la réhabilitation du corridor de transport.
Il a estimé que l’investissement devrait améliorer la circulation des personnes et des marchandises, renforcer la compétitivité économique des localités traversées et faciliter l’accès des producteurs, artisans et industriels à de nouveaux marchés.Selon lui, l’accroissement du trafic sur cet axe pourrait également créer de nouvelles opportunités pour les investissements privés, notamment au profit des entreprises béninoises et américaines.
« Rigueur, célérité et qualité »
Après les assurances données par les partenaires américains, le Gouvernement béninois a, à son tour, précisé les attentes qui entourent ce chantier. Le ministre du Cadre de Vie et des Transports, chargé du Développement durable, Georges Alé, a présenté la reconstruction de la route Sètto-Dassa-Zoumè comme une promesse tenue du Gouvernement béninois envers les populations qui empruntent depuis plusieurs années cet axe dans des conditions difficiles.
Il a souligné que le projet s’inscrit dans la politique de modernisation des infrastructures routières, considérées comme un levier essentiel du développement économique, de la sécurité alimentaire, de la sécurité routière et de l’accès aux services sociaux de base. Pour Georges Alé, la modernisation de cet axe stratégique renforcera également le rôle du Bénin comme porte d’entrée maritime des pays de l’hinterland. La route constitue un maillon important du corridor Cotonou-Niamey et contribue aux échanges commerciaux avec les pays de la sous-région.Sa reconstruction devrait ainsi réduire les délais et les coûts de transport, améliorer la compétitivité du Port de Cotonou et favoriser l’intégration des marchés. Elle doit également contribuer à rendre plus fluide la circulation de l’économie et des échanges entre le Bénin et le Niger. Pour le Gouvernement, l’enjeu est désormais de transformer cette mobilisation en résultats concrets dans les délais prévus. Le ministre a insisté sur les exigences qui devront guider l’exécution du chantier : « rigueur, célérité et qualité ». Il a appelé l’entreprise chargée des travaux, les ingénieurs, le bureau de contrôle et les différents consultants au strict respect des délais contractuels, des normes techniques et environnementales ainsi que des exigences de sécurité.Il a également invité les populations riveraines à faire preuve de patience face aux désagréments temporaires liés au chantier, notamment la poussière, les déviations et les nuisances, et à collaborer avec les entreprises et les autorités locales.
Après plusieurs années d’attente, le projet entre donc désormais dans sa phase d’exécution. À l’issue de la cérémonie, les autorités ont procédé au dévoilement du panneau marquant le lancement officiel du projet. Les travaux doivent démarrer dès ce jeudi 10 septembre 2026, pour une mise en service de la nouvelle infrastructure prévue en septembre 2029.
Victorin Fassinou


