Le débat sur l’amélioration de l’accès aux soins de santé reproductive, notamment ceux liés à l’interruption de grossesse dans un cadre sécurisé, a été au cœur d’un atelier de dissémination organisé ce mercredi 20 mai 2026 à l’Azalaï Hôtel de Cotonou. La rencontre, initiée par l’Association Béninoise pour la Promotion de la Famille (ABPF), l’African Population and Health Research Center (APHRC) et Rutgers, a réuni chercheurs, responsables de la santé, organisations de la société civile et partenaires techniques et financiers autour des résultats d’une étude approfondie menée au Bénin.

Placée sous le thème des expériences des femmes et des adolescentes en matière de santé reproductive, l’étude intitulée « Une sortie du labyrinthe : vers un meilleur accès aux soins reproductifs sécurisés pour les adolescentes et les femmes au Bénin » analyse les trajectoires d’accès aux soins de santé reproductive, y compris ceux liés à l’avortement sécurisé, depuis la réforme de 2021 sur la santé sexuelle et reproductive. Réalisée dans les départements de l’Atlantique et du Borgou, la recherche met en lumière à la fois les avancées enregistrées et les obstacles persistants qui freinent encore l’accès équitable aux soins. Elle s’appuie sur une approche ethnographique menée sur sept mois auprès de 73 femmes et adolescentes, complétée par des observations dans des structures sanitaires et des entretiens avec des acteurs de santé. Selon les chercheurs, plus de la moitié des participantes ont pu accéder à des soins formels, y compris des soins liés à l’interruption de grossesse dans un cadre sécurisé, parfois après des parcours marqués par des tentatives de recours à des méthodes non sécurisées. Toutefois, l’étude révèle également que plusieurs femmes ont continué à recourir à des pratiques clandestines, parfois associées à des complications graves, dont deux décès recensés. Prenant la parole, la chercheure senior de l’APHRC, le Dr Ramatou Ouedraogo, a rappelé que la réforme de 2021 a constitué un tournant important en Afrique de l’Ouest en élargissant les conditions d’accès aux soins de santé reproductive, y compris à l’avortement sécurisé dans un cadre légal. Elle a décrit cette évolution comme une réponse aux situations dramatiques observées sur le terrain, souvent comparées à « un labyrinthe » pour les femmes et adolescentes. Elle a cependant insisté sur le fait que la loi, bien qu’essentielle, ne suffit pas à elle seule. Selon elle, les données recueillies montrent que l’information, la proximité des services et la qualité de l’accompagnement restent déterminantes pour garantir un accès réel aux soins.
Le rôle central des partenaires et de la société civile
Le chef de coopération de l’Ambassade du Royaume des Pays-Bas, Rob Sijsterman, a salué le leadership du Bénin dans la réforme du cadre juridique et la lutte contre la mortalité maternelle. Il a rappelé que le partenariat engagé depuis 2021 vise à rendre effective la mise en œuvre des droits en santé reproductive à travers le programme R3SR, combinant renforcement du système de santé, formation et sensibilisation communautaire. Il a toutefois souligné qu’une réforme législative, même accompagnée d’infrastructures adéquates, ne garantit pas automatiquement un accès équitable aux services, insistant sur la nécessité de renforcer les actions communautaires et la collaboration entre acteurs publics et privés.
Des avancées reconnues mais…
Le représentant du ministère de la Santé, le Dr Ali Imorou Baah Chabi, a rappelé que la protection des femmes et des filles constitue une priorité nationale. Il a évoqué la réforme de 2021 comme une décision politique majeure, justifiée par un taux élevé de mortalité maternelle estimé à 391 décès pour 100 000 naissances vivantes, dont une part significative liée aux complications d’avortements clandestins. Tout en saluant les progrès réalisés, il a reconnu la persistance de plusieurs défis, notamment les barrières socioculturelles, financières, le manque d’information et l’objection de conscience de certains prestataires. Il a appelé à une meilleure régulation du système, à un renforcement des capacités sanitaires et à une intensification de la sensibilisation. Les résultats de l’étude mettent en évidence plusieurs freins majeurs à l’accès aux soins sécurisés, y compris ceux liés à l’avortement sécurisé. Parmi eux figurent le faible niveau de connaissance de la loi, particulièrement en milieu rural, le coût élevé des soins pouvant atteindre jusqu’à 100 000 FCFA, ainsi que la stigmatisation sociale persistante. L’objection de conscience de certains prestataires, combinée à des pratiques de non-référence, constitue également une barrière importante. À cela s’ajoute l’exigence du consentement parental pour les mineures, qui pousse certaines adolescentes à recourir à des solutions clandestines et dangereuses.

Des recommandations pour renforcer l’accès aux soins
Face à ces défis, les chercheurs et acteurs impliqués recommandent de renforcer la vulgarisation de la loi, de réguler strictement l’objection de conscience, de réduire les barrières financières et d’améliorer l’offre de soins dans les structures publiques. Les organisations de la société civile sont également appelées à intensifier leurs actions de sensibilisation, d’accompagnement et de référencement des patientes, jouant ainsi un rôle de passerelle entre les communautés et les structures sanitaires. La rencontre s’est achevée sur le lancement officiel du rapport de l’étude et un appel commun à poursuivre les efforts pour garantir à chaque femme et adolescente un accès équitable, sûr et digne aux soins de santé reproductive au Bénin.
Victorin Fassinou

