Art contemporain : L’exposition « Bénin relevé » de Meschac GABA ouverte au public dès ce 30 septembre à Fidjrossè

Près de neuf ans après sa dernière exposition au Bénin, Meschac GABA retrouve le public avec une nouvelle série d’œuvres. « Le Bénin relevé ou hommage au président Patrice Talon » ouvre ses portes ce mercredi 30 septembre 2026 à la Maison GABA, à Fidjrossè. L’annonce a été faite lundi 28 septembre lors d’une rencontre avec la presse. L’exposition mêle mémoire, histoire, politique, économie et réalités sociales.

Le retour de Meschac GABA sur la scène artistique nationale ne passe pas inaperçu. Après plusieurs années consacrées à son travail et à la présentation de ses œuvres à l’étranger, l’artiste revient avec un projet préparé pendant plus de six mois. Sa dernière exposition au Centre de Lobozounkpa remontait à près de neuf ans. Cette longue parenthèse n’a toutefois pas interrompu son parcours artistique, ses créations ayant continué à circuler dans différents espaces d’exposition à l’extérieur du pays. Avec « Bénin relevé », Meschac GABA choisit de porter un regard sur le pays à partir de son histoire récente et de ses transformations. Le titre de l’exposition, « Le Bénin relevé ou hommage au président Patrice Talon », fait écho à l’expression « Bénin Révélé », associée au programme de développement mis en œuvre sous la présidence de Patrice Talon. L’artiste présente son œuvre comme un hommage artistique à l’ancien chef de l’État. L’origine de cette création remonte à une conversation avec l’artiste Gratien Zossou. À l’époque, Meschac GABA travaillait sur une série consacrée aux anciens présidents du Bénin. C’est dans ce contexte que Zossou lui aurait suggéré de consacrer une œuvre à Patrice Talon.La truelle devient alors un élément essentiel de la composition. Dans le langage artistique de GABA, elle symbolise le travail et la construction. Elle renvoie à l’idée d’un pays qui se bâtit, se transforme et cherche à se projeter. Associée à un triangle, elle traduit également cette notion d’élévation.Le triptyque présenté dans le cadre de l’exposition fait référence à plusieurs réalisations et mutations observées au Bénin. Les infrastructures, les routes, la cité ministérielle, la GDIZ, les monuments et d’autres ouvrages sont évoqués à travers les formes et les symboles choisis par l’artiste. Plutôt que de reproduire simplement ces transformations, GABA cherche à les traduire dans son propre langage plastique.

Entre histoire politique, mémoire et regard sur la société

« Bénin relevé » n’est cependant qu’une partie d’un ensemble beaucoup plus vaste. L’exposition rassemble plusieurs œuvres qui permettent à l’artiste d’explorer le temps politique, la mémoire, les rapports sociaux et certaines grandes questions qui traversent le continent africain. « L’Horloge des présidents » figure parmi les installations les plus évocatrices. Composée de quinze horloges, elle renvoie aux différents chefs d’État ayant marqué l’histoire du Bénin. Le temps devient ainsi une matière artistique. Il permet de questionner les périodes politiques successives, les changements et la mémoire collective. D’autres créations, comme « Assemblée nationale », « Democracy Game », « Pollution Business », « Fortune Wall », « De la douleur à la paix », « Les Colombes de la paix » ou « Rois morts ou assassinés », abordent des thèmes différents. Démocratie, conflits, paix, économie, migration, pouvoir et transformations sociales se retrouvent au fil du parcours. Avec « De la douleur à la paix », l’artiste élargit notamment son regard à l’histoire mondiale. Les violences, la colonisation, l’esclavage, les luttes, les guerres et les aspirations à la paix y trouvent une place. L’Afrique est ainsi replacée dans une histoire mondiale faite de ruptures, de souffrances, mais aussi de résistances et d’espoir. Le quotidien constitue un autre fil conducteur de la démarche de GABA. L’artiste utilise des matériaux qui appartiennent à l’environnement immédiat : vêtements de conducteurs de taxi-moto, tissus, outils, chambres à air usagées ou billets de banque. Ces objets, sortis de leur usage habituel, deviennent des supports de création. Les billets de banque occupent notamment une place importante. Des fragments de coupures déchirées ou récupérées sont intégrés aux œuvres pour évoquer la valeur de l’argent, l’économie et les réalités du développement africain. Le recyclage devient ainsi plus qu’une technique : il permet à l’artiste de donner une nouvelle vie à des objets ordinaires et de les transformer en objets de réflexion.

Une exposition qui donne aussi la parole à d’autres artistes

La Maison GABA accueille également deux autres artistes béninois dans le cadre de cette manifestation. Edwige Araba Akplogan présente deux œuvres réunies sous le thème « Le monde et ses aberrations ». Ses créations abordent notamment la situation en Palestine ainsi que la question du franc CFA, à travers un regard critique qui lui est propre. Gratien Zossou participe pour sa part avec trois œuvres : « Le Prisonnier d’opinion », « Les Ambastillés » et « Une femme à ma fenêtre ». Sa présence dans l’exposition revêt une dimension particulière, puisqu’il est également à l’origine de la réflexion ayant conduit Meschac GABA à réaliser l’œuvre consacrée à Patrice Talon. Lors de la rencontre avec la presse, Zossou a évoqué le lien de foi, d’amitié et de fraternité qui l’unit à GABA. Se présentant comme son « vieux père » et son mentor, il a salué le parcours de l’artiste et expliqué certaines préoccupations portées par ses propres œuvres. La liberté, la responsabilité individuelle et le respect des règles de la vie collective occupent une place importante dans son discours. Selon lui, les périodes difficiles et les épreuves peuvent également permettre à l’homme de tirer des enseignements et de progresser. L’exposition apparaît ainsi comme un espace où plusieurs voix artistiques se croisent. Au-delà de la dimension esthétique, les œuvres présentées invitent le visiteur à prendre le temps de regarder et de questionner. Histoire politique du Bénin, mémoire, développement, démocratie, économie, paix, environnement et vie quotidienne deviennent autant de portes d’entrée pour comprendre les différentes propositions artistiques.Ouverte au public à partir de ce mercredi 30 septembre, l’exposition se poursuivra jusqu’au 6 octobre à la Maison GABA, à Fidjrossè. Les visites pourront ensuite se faire sur rendez-vous. Le projet pourrait également poursuivre son parcours hors du Bénin, notamment en Afrique du Sud.

Osias Satingo

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