Quatre mois après son investiture, le nouveau pouvoir béninois a engagé plusieurs mesures annoncées pendant la campagne présidentielle. Éducation, transport universitaire, protection sociale, agriculture, santé et développement territorial figurent parmi les secteurs où des décisions ont déjà été prises. Si certaines actions sont désormais visibles, plusieurs autres restent encore au stade de la mise en œuvre.
Depuis son investiture le 24 mai 2026, Romuald Wadagni a placé l’exécution des engagements annoncés pendant la campagne au cœur de l’action gouvernementale. Dans son programme « Plus loin, ensemble », présenté le 21 mars 2026, plusieurs mesures étaient annoncées dans les domaines social, économique et territorial. Quelques mois plus tard, plusieurs dossiers ont franchi le cap des annonces. Les premières décisions concernent notamment l’éducation, les œuvres sociales universitaires, la protection des personnes vulnérables, l’agriculture et les infrastructures. Ces mesures constituent les premiers éléments permettant de suivre la traduction des orientations du nouveau programme. L’enseignement constitue l’un des secteurs où les premières décisions ont été rapidement prises. Le programme présidentiel prévoyait notamment la généralisation de la gratuité de l’enseignement secondaire pour les filles. Cette orientation a été suivie d’une décision gouvernementale pour la rentrée scolaire 2026-2027. Dans l’enseignement supérieur, la relance du transport universitaire est devenue l’une des mesures les plus visibles de cette rentrée. Depuis le 21 septembre, 63 bus neufs desservent 12 villes et les quatre universités publiques. Le ticket est fixé à 200 FCFA, avec une possibilité d’achat via la plateforme universitaire ou par le code *611#, notamment pour les étudiants ne disposant pas de smartphone ou de connexion internet. Le dispositif s’accompagne d’autres mesures destinées à améliorer les conditions de vie des étudiants. Les bourses estudiantines ont été revalorisées, tandis que les allocations de rentrée et les secours universitaires ont également été renforcés. Des travaux sont par ailleurs annoncés dans plusieurs restaurants, logements et infirmeries universitaires. L’action sociale s’étend également aux personnes handicapées. Pour la rentrée 2026-2027, la gratuité des frais de scolarité est prévue pour 5 000 élèves handicapés présentant un taux d’incapacité important dans les établissements publics. Des mesures d’accompagnement sont également annoncées pour les bacheliers handicapés inscrits dans les universités publiques. Le dossier des Aspirants au métier d’enseignant constitue un autre chantier. Le gouvernement a annoncé le démarrage prochain du processus d’intégration progressive des AME dans la fonction publique, avec un principe de recrutement progressif sur titre. Le processus étant encore en cours, ses effets devront être appréciés au fur et à mesure de sa mise en œuvre.
Agriculture, santé et protection sociale au cœur des premières actions
Dans l’agriculture, la protection sociale des producteurs figurait parmi les engagements annoncés pendant la campagne. Le dispositif d’assurance agricole a ainsi permis l’indemnisation de producteurs victimes de pertes de rendement. Pour la campagne 2025-2026, près de 95 000 producteurs étaient couverts par le mécanisme d’assurance agricole. En août, 561,8 millions de FCFA d’indemnisations ont notamment été versés à des producteurs de riz et de coton victimes de pertes de rendement. Une phase pilote associant production agricole et protection sociale a également été autorisée pour 2 000 producteurs de maïs. La santé constitue un autre secteur concerné par les premières mesures. Le gouvernement a consacré 1 milliard de FCFA aux stocks destinés à la prise en charge des urgences vitales dans les hôpitaux publics. Une enveloppe de 10 milliards de FCFA est également prévue pour améliorer l’accès à l’eau et à l’électricité dans les centres de santé encore dépourvus de ces services. Dans le même secteur, le nouveau collège de l’Autorité de régulation du secteur de la santé a été installé en septembre. Sur le volet social, le Conseil des ministres du 2 septembre a autorisé la construction de 35 Centres intégrés économiques, sociaux et numériques dans 26 communes. Ces infrastructures doivent contribuer au rapprochement de plusieurs services des populations et au renforcement des dispositifs de protection sociale. Le développement des infrastructures constitue également un autre chantier important. Le 9 septembre, les travaux de reconstruction et d’élargissement de l’axe Sètto-Dassa-Zoumè ont été officiellement lancés. Long de 39,45 kilomètres, le projet représente un financement annoncé de 291 millions de dollars, dont 202 millions apportés par le Millennium Challenge Corporation et 89 millions de contrepartie béninoise.
Du programme aux réalisations, l’épreuve du temps
Le développement territorial occupe lui aussi une place importante dans les orientations du nouveau pouvoir. Le 23 septembre, la réforme des pôles territoriaux a été présentée aux préfets et aux maires des 77 communes. Le projet prévoit six grands pôles destinés à mieux organiser le développement économique et à rapprocher davantage l’action publique des réalités locales. Ces premières mesures donnent un aperçu des orientations du nouveau septennat. Elles ne constituent cependant pas, à elles seules, un bilan de l’action présidentielle.Entre une décision gouvernementale et son impact réel, plusieurs étapes doivent encore être franchies. Une réforme doit être effectivement appliquée, un chantier doit être achevé, un dispositif social doit atteindre ses bénéficiaires et une politique publique doit produire des effets mesurables dans le temps. Le transport universitaire illustre cette différence. La mise en circulation des 63 bus est désormais effective, mais l’évaluation du dispositif portera également sur sa régularité, sa couverture, son accessibilité et sa capacité à répondre durablement aux besoins des étudiants. Il en sera de même pour la gratuité de la scolarité des filles, les mesures en faveur des personnes handicapées, les dispositifs destinés aux producteurs ou encore les investissements dans le secteur de la santé. Le programme présidentiel comporte par ailleurs des objectifs qui dépassent largement les premiers mois du mandat : accès universel à l’eau potable, développement des infrastructures, transformation de l’agriculture, industrialisation, emploi, modernisation de la santé et développement des six pôles territoriaux. Au-delà des annonces et des montants mobilisés, l’attention se portera progressivement sur les effets produits dans les communes, les écoles, les universités, les centres de santé, les exploitations agricoles et les ménages. Pour le nouveau pouvoir, les quatre premiers mois auront ainsi permis d’inscrire plusieurs engagements dans l’agenda de l’action publique. Les prochaines années permettront d’en mesurer l’ampleur, la continuité et surtout les effets sur le quotidien des populations.
VIctorin Fassinou

