Après plusieurs années sans travailler, Meschac GABA revient avec une exposition riche de plusieurs installations. Intitulée « Le Bénin relevé ou hommage au président Patrice Talon », l’exposition ouvre au public le 30 septembre 2026 à la Maison GABA, à Fidjrossè. Dans cet entretien, l’artiste explique comment ses réflexions, ses expériences quotidiennes et ses échanges avec d’autres artistes ont nourri ce nouveau projet.
Vous présentez, à partir du 30 septembre, à la Maison GABA, à Fidjrossè, une exposition intitulée « Le Bénin relevé ou hommage au président Patrice Talon ». Comment est née l’idée de cette exposition et qu’est-ce qui vous a conduit à choisir ce thème à ce moment précis ?
L’idée de cette exposition est venue d’une visite de Gratien Zossou à mon atelier. J’étais en pleine création et je travaillais notamment sur les anciens présidents. Gratien Zossou m’a dit qu’après avoir regardé l’ensemble de mon travail, il manquait quelque chose. Il m’a alors demandé pourquoi je ne faisais pas aussi une œuvre sur Patrice Talon. Je me suis mis à réfléchir. Je me suis notamment demandé si le président Talon avait un emblème. Après des recherches, j’ai découvert qu’il en avait un, avec le soleil. Gratien m’a également expliqué qu’il avait créé un emblème appelé « Talon », représenté sur un mur avec des clôtures. Il voulait même que je le reproduise, mais je lui ai répondu que je ne copiais personne. Je me suis donc inspiré de cette idée et c’est ainsi qu’est née la truelle que l’on retrouve dans mon travail. La truelle représente aussi le travail. Je pense que Talon a bâti le Bénin. C’est pour cela que j’ai utilisé ce symbole.
L’exposition s’articule autour de plusieurs ensembles, notamment « Le Bénin relevé », « De la douleur à la paix » et « Être », avec des installations qui abordent l’histoire, la politique, la mémoire, l’environnement, l’économie et la spiritualité. Comment avez-vous construit ce parcours et quel fil conducteur relie ces différentes dimensions ?
Cela fait presque huit ans que je n’avais pas travaillé. J’avais donc beaucoup d’idées dans ma tête. Si je voulais développer normalement ce travail, cela aurait pu prendre deux ou trois ans. Mais comme j’étais rempli d’idées, le travail a avancé très rapidement. J’ai travaillé presque tous les jours, de 8 heures à 23 heures. J’avais un assistant et, même lorsqu’il était 18 h 30, je pouvais continuer parce que c’est mon travail et que ce sont mes idées. C’est pour cela que vous avez vu autant d’œuvres. Certains projets existaient déjà. Par exemple, le projet « Pollution Business » est un ancien projet que j’ai continué à développer au fil des années, notamment à travers les vêtements. Le vêtement rend ce projet plus cohérent parce qu’il permet aussi de retrouver le symbole de la municipalité. J’utilise également les vêtements comme des couleurs. Je suis peintre et, parfois, on peut interpréter la peinture autrement, simplement en montrant une couleur. La peinture, c’est aussi la couleur. Dans les vêtements, on retrouve des couleurs jaunes, bleues et rouges qui me font penser à la peinture.
Vous utilisez des objets et matériaux du quotidien, tels que des truelles, des horloges, des vêtements, des chambres à air recyclées ou encore des billets de banque CFA. Que représentent ces matériaux dans votre démarche artistique et que souhaitez-vous faire comprendre ou ressentir au visiteur à travers leur transformation ?
Pour moi, c’est la vie quotidienne. Mon art personnel est lié à ma vie quotidienne. D’autres personnes peuvent penser autrement, mais lorsque je crée, je pars de ce que je vis. Je peux vous dire, par exemple, que la BBC voulait faire un film sur mon travail. Je leur ai proposé que nous allions nous promener au marché, dans mon quartier. C’est comme cela que je prends mon inspiration. Tous les objets que vous venez de citer sont des objets de la vie quotidienne : les truelles, les vêtements, les billets de banque. Le billet, on le trouve dans la poche de tout le monde. L’argent est quelque chose de nécessaire. Tout le monde se lève le matin pour gagner de l’argent, et même le voleur se lève la nuit pour aller voler. Les gens recherchent l’argent pour faire le bien, mais certains le recherchent aussi pour faire le mal. L’argent peut donc faire du bien comme il peut faire du mal. Je travaille avec des confettis fabriqués à partir de billets de banque, et non avec des billets réels, à l’exception de la Fortune Room, qui est réalisée avec des billets anciens provenant du monde entier.
Plusieurs œuvres font référence à l’histoire politique du Bénin, à ses dirigeants, à la Conférence nationale, au développement du pays ou encore à des enjeux environnementaux et sociaux. Quel regard cette exposition cherche-t-elle à porter sur le Bénin d’hier et d’aujourd’hui, et quelle place accordez-vous à la mémoire dans cette lecture de la société ?
Je vais prendre l’exemple de « De la douleur à la paix ». Dans cette œuvre, on retrouve beaucoup d’activistes et de présidents du monde entier. Une phrase de Nicolas Sarkozy m’a particulièrement touché. Il avait dit que l’Afrique n’était pas entrée dans l’histoire. Mais quand on regarde cette œuvre, on voit bien que l’Afrique est dans l’histoire. On le voit à travers la colonisation, l’esclavage, mais aussi la démocratie. Si l’on veut parler de démocratie, qu’est-ce qui a conduit le Bénin à la démocratie avec la Conférence nationale ? Avant cela, le pays était sous un régime marxiste-léniniste et à parti unique. L’Afrique est donc bien dans l’histoire. Je pense que c’était une erreur de dire que l’Afrique n’était pas dans l’histoire. C’est notamment à partir de cette phrase que j’ai développé « De la douleur à la paix ». C’est une œuvre qui parle du monde, sans opposer l’Afrique et l’Europe.
Au-delà de la découverte des œuvres, qu’attendez-vous du public qui visitera cette exposition ? Souhaitez-vous avant tout susciter une réflexion, provoquer un dialogue, transmettre une mémoire ou ouvrir de nouvelles interrogations sur le Bénin et le monde contemporain ?
À travers mon travail, je veux poser des questions et provoquer la réflexion. Il y a des personnes qui ont vu mon travail et qui ont crié, d’autres qui l’ont aimé, et d’autres encore qui ont dit que c’était n’importe quoi. Mais ce qui m’intéresse, c’est justement que mon travail pose des questions. Je ne fais pas simplement de l’art pour montrer des choses. Je veux amener les personnes à réfléchir. Une installation forme un tout. Si quelqu’un veut acheter une installation, il doit prendre l’ensemble, parce que c’est l’ensemble qui constitue l’œuvre et permet de raconter l’histoire concrètement. Si vous prenez seulement un élément, vous risquez de fausser cette histoire. Cette exposition peut également permettre aux artistes d’apprendre comment on réalise des installations. Elle apporte donc quelque chose au public, mais aussi aux autres artistes.
Combien d’artistes participent à ce projet d’exposition et comment s’organise leur collaboration autour des différentes œuvres et installations présentées au public ?
Dans ce projet, nous sommes trois artistes. J’aime discuter de mon travail avec d’autres artistes. C’est avec Edwige Aplogan que j’ai discuté de presque tout le projet. Pourquoi est-ce que j’aime échanger sur mon travail ? Parce que l’on peut avoir une idée qui paraît bonne, mais qui peut être trop agressive. Il faut donc pouvoir en discuter avec quelqu’un pour voir comment il réagit. J’ai travaillé avec Edwige Aplogan et elle m’a donné des indications sur certaines choses qu’il fallait changer ou faire plus doucement. Elle a finalement décidé de participer au projet. Elle présente une installation. De mon côté, je présente notamment une installation autour des confettis fabriqués à partir de billets de banque. Gratien Zossou, qui a été mon patron, a également décidé de collaborer avec moi. Il présente une installation intitulée « Un prisonnier d’opinion » ainsi qu’une peinture. Je suis heureux de ne pas être seul dans ce projet. Nous sommes donc trois artistes à participer à cette exposition.
Un dernier mot ou un appel à lancer au public ?
Je demande au public de venir nombreux, parce qu’il y a beaucoup de choses à découvrir. Même lorsque les gens ont beaucoup de moyens, ils font l’effort de venir nombreux voir l’exposition. Après le 6 octobre, les personnes pourront toujours m’appeler pour prendre rendez-vous, parce que l’exposition est chez moi et que je ne vais pas l’enlever tout de suite. L’exposition ira ensuite en Afrique du Sud au mois de mars, puis dans d’autres endroits. Elle suscite déjà beaucoup d’intérêt, notamment en Afrique du Sud où je travaille avec une galerie. Ils ont réalisé une bouclette, sur laquelle le professeur Romuald Tchibozo a écrit un texte vraiment magnifique sur l’exposition.
Réalisé par Osias Satingo

