Une nouvelle dynamique citoyenne se met en place pour renforcer la lutte contre les flux financiers illicites et le recouvrement des avoirs illicites au Bénin. À l’occasion d’une assemblée générale constitutive organisée le mardi 09 juin 2026 à l’Hôtel des Princes de Bohicon, des organisations de la société civile y compris celles des professionnels des médias se sont constituées en une plateforme nationale destinée à promouvoir la transparence, la redevabilité et la bonne gouvernance. Soutenue par plusieurs institutions publiques et l’Union Européenne dans le cadre du projet SecFin Africa, cette initiative entend accroître la participation citoyenne dans le suivi des avoirs recouvrés et la lutte contre les pratiques qui privent l’État de ressources essentielles à son développement.

Les organisations de la société civile et les acteurs des médias ont officialisé, à Bohicon, la création d’une plateforme nationale dénommée STOP FFI ! consacrée à la lutte contre les flux financiers illicites (FFI) et au recouvrement des avoirs illicites. Organisée par l’ONG ALCRER dans le cadre du Projet de Renforcement de la Société Civile pour un Recouvrement d’Actifs Transparent et Inclusif en Afrique de l’Ouest (ReSoRT Bénin), cette rencontre a marqué une étape importante dans le renforcement de l’engagement citoyen en faveur de la transparence, de la bonne gouvernance et de la lutte contre la criminalité financière. Financé par l’Union européenne à travers le programme SecFin Africa, le projet ReSoRT Bénin vise à renforcer la contribution stratégique et opérationnelle des organisations de la société civile à la gouvernance du recouvrement des avoirs illicites. L’assemblée générale de ce mardi 09 juin permet de mettre en place un cadre collaboratif fonctionnel entre les organisations engagées sur ces questions, de renforcer leurs capacités d’analyse et de plaidoyer, puis d’élaborer une feuille de route devant guider leurs actions au cours des douze prochains mois.
Un phénomène qui fragilise les économies africaines
Dans son mot de bienvenue, le directeur exécutif de l’ONG ALCRER, Luc Omer Gandemey, a souligné l’ampleur des pertes subies chaque année par les pays africains du fait des flux financiers illicites. Selon lui, ces ressources détournées représentent des milliards de dollars qui pourraient être investis dans les secteurs sociaux tels que l’éducation, la santé, les infrastructures ou encore l’accès aux services de base. Il a rappelé les réformes engagées par le Bénin ces dernières années pour renforcer la lutte contre la corruption et les crimes économiques, notamment à travers la création de la CRIET, du Haut-commissariat à la prévention de la corruption (HCPC), de l’Agence nationale de recouvrement des avoirs confisqués et saisis (ANRACS) ainsi que le renforcement du rôle de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF). Toutefois, il a estimé que la société civile reste encore insuffisamment impliquée sur les questions liées au recouvrement des avoirs illicites, d’où la nécessité de créer un cadre structuré de concertation et d’action collective. Pour lui, une société civile mieux organisée, mieux informée et davantage outillée peut jouer un rôle déterminant dans le suivi des politiques publiques, la sensibilisation des populations et la promotion de la redevabilité.
Des institutions publiques engagées aux côtés de la société civile
Intervenant au nom du HCPC, Mme Gracia Adjinacou a rappelé que la corruption demeure un obstacle majeur au développement économique et social. Elle a salué la création de la plateforme, estimant qu’elle contribuera à renforcer la veille citoyenne sur la gestion et la réaffectation des avoirs recouvrés. Le président de la CENTIF, Rafiou Abdou Bello, a pour sa part insisté sur la diversité des formes que peuvent prendre les flux financiers illicites, allant au-delà de la corruption, notamment à travers la fraude fiscale ou la sous-facturation commerciale. Il a encouragé la future plateforme à investir dans la formation, la sensibilisation et le plaidoyer. « la société civile est un maillon important attendu dans la lutte contre les FFI », a déclaré M. Bello qui a réaffirmé la disponibilité de la CENTIF à former et à informer les OSC afin qu’elles soient aguerries pour jouer plus efficacement leur rôle dans la lutte contre la criminalité fnancière. Les participants ont également échangé avec l’ANRACS sur ses missions et ses mécanismes de gestion des avoirs saisis et confisqués. À cette occasion, N’Dah Tchiansi Mathieu a souligné la nécessité d’un renforcement de la collaboration entre l’agence et la société civile pour améliorer l’efficacité du dispositif de recouvrement. Pour le coordonnateur du projet ReSoRT Bénin, Gervais Loko, cette plateforme vise à mutualiser les efforts des organisations citoyennes afin de développer des stratégies communes face à un phénomène qui fragilise les institutions démocratiques et réduit les ressources publiques. Les travaux ont abouti à l’adoption d’une charte de fonctionnement et d’une feuille de route définissant les activités de la plateforme pour les douze prochains mois. Les organes de gouvernance de la plateforme ont également été mis en place. Un comité chargé du suivi du fonctionnement de la plateforme a été mis en place et comprends 05 membres dont 02 femmes. Ce comité est chargé de donner les orientations pour le bon déroulement de la plateforme. Il est dirigé par Rigobert Orou Ganni, président du Réseau Social Watch Bénin qui a déclaré qu’avec cette initiative, « la société civile béninoise entend désormais jouer un rôle plus structuré et plus influent dans la lutte contre les flux financiers illicites ». Quant à la coordination nationale, pôle opérationnel des interventions de la plateforme, elle a été confiée à l’ONG ALCRER.
Une feuille de route pour structurer l’action citoyenne
La plateforme prévoit la mise en place d’un espace numérique d’échanges, la formation des membres sur le recouvrement des avoirs illicites et les mécanismes d’évaluation des politiques publiques, ainsi que la présentation officielle de son bureau aux institutions nationales telle que la CENTIF, l’ANRACS et le HCPC. Elle prendra également part au processus d’évaluation du Bénin dans le cadre de la CAPAR et organisera des rencontres périodiques intitulées « Les Mensuelles du recouvrement des avoirs », afin de renforcer le dialogue entre acteurs publics et société civile.
Clôturant les travaux, la chargé du projet, Victoire Tokpovi s’est réjouie de la mobilisation des organisations participantes et de l’ouverture des institutions publiques partenaires. Elle a appelé à une action collective durable pour faire de cette plateforme un acteur crédible de la gouvernance publique.
Victorin Fassinou

